Ils roulèrent interminablement dans le désert avant d’apercevoir deux cubes blancs. L’un d’entre eux avala la Ford et elles terminèrent au troisième sous-sol, dans une pièce plutôt banale. Elles bavardèrent.
- Je viens rarement ici, dit Amanda, c’est ma troisième visite. Je connais le type qui va se ramener. Il est fou, mais très gentil.
- Hinhin, fit Molly, ce qui en Amérique équivaut à une longue déclaration ciselée.
- Je connais bien ton parcours, continua la morena. Tu sais, j’aurais aimé être pute, dans ta spécialité. Quel pied ce doit être!
(Rappel : Molly est une fille qui déteste les hommes, obsédée par l’idée de les punir. Elle choisit don le métier de prodomme (dominatrice professionnelle) et remporte rapidement un vif succès.)
Molly sortit de sa réserve.
- Oh? Mais que sais-tu de ce job?
- Plus que tu ne l’imagines. Les nazis se servaient de femmes pour laver le cerveau de leurs prisonniers. Le sexe est un fabuleux moyen de torture et d’assouplissement.
Elle va utiliser ce moyen pour arracher à Jack son secret.
De plus, les femmes sont bien plus consciencieuses que les hommes, surtout dans ce genre d’activité. Ta clientèle est fruste, nous la connaissons. Mais il se peut qu’elle s’améliore grandement, ces jours à venir.
Les hypothèses se bousculèrent dans l’intellect de Molly. Allait-on lui demander de taper une huile? Le rapprochement la fit sourire. Quelqu’un du Pentagone, probablement. Ça la changerait des cadres stressés de Wall Street et des Hillibilies locaux.
Il est connu que les traders et banquiers américains aiment à se faire punir par de filles dressées à cette discipline. Les Hillibilies (paysans, gens des collines) probablement pas.
Elle se souvint de la devise des puissants qu’elle humiliait‑: «‑if your’ tough enough you can do anything‑». Elle se sentit prête à être assez dégueulasse et méchante pour obtenir le maximum de ses nouveaux employeurs. Elle ne craignait pas pour sa vie. Qui aurait investi autant de temps et d’argent pour l’amener ici à seule fin de la tuer ou de la torturer? Elle serait utile mais ne savait pas encore à quoi ou à qui.
Les deux amazones, la tueuse et la tapeuse, en venaient aux confidences personnelles quand un jeune homme chauve avec de grosses lunettes entra dans la pièce. Il ressemblait comme un frère à Woody Allen, avec un regard plus inquisiteur.