Circonstances : Après Idéale Maîtresse (où je me décide à attaquer la grande forme pour la première fois) survient une trilogie : On a volé le Big Bang, Les Culs et La Tempête. Paraît le Commandant Sollers, un pilote d'Air France, tellement porté sur les cocktails (coquetèles) qu'il faitt régulièrement vider les AAL (avionique de navigation et atterrissage) pour y installer un bar bien achalandé. Il finira pilote sur Tchin-Tchin Airlines, les Français ayant la mesquinerie de pe pas apprécier ce héros et son infaillible instinct et, plus tard, assassiné par Salomé, personnage qui grandit dans la trilogie pour finalement incarner le mal féminin absolu. Le commandant Sollers est sympathique, drôle, bon vivant. S'agit-il d'une image miroir de l'écrivain? Ou de l'image que j'eusse aimé qu'il nous renvoie? Allez savoir…
Sujet : (Extrait de On a volé le Big Bang) En route pour Israel Le Coq (détective culturel) rencontre une charmante et innofensive hôtesse de l'air (azaafata en espagnol) qui le présente à un commandant de bord assez farceur.
Extrait
L’azafate était rassurante. Elle ne ressemblait ni à mon pire cauchemar Laura ni à Oriane ni à rien de ce qui, d’un instant à l’autre, peut vous pomper vos énergies masculines. Quel pied !
Douce France, lui murmurai-je à l’oreille, douce absence de toute transe…
Elle rigola, c’était une jolie paisible, avec une impressionante chute de reins, un modèle pas si courant en cette époque de furieuses. Nous convînmes que son passage plateaux terminé elle viendrait concocter avec moi un petit mélange dont je lui dirais des nouvelles. Je ne sais pas si vous avez déjà pu constater à quel point les breuvages même sur AF, même en première sont niculturny ! C’est l’horreur. La gentille revint, un petit quart d’heure plus tard. Je ne tenais plus en place et la suivis, salivant comme un Danois bleu, dans la cantine des premières.
Je m’appelle Salomé, me confia-t-elle avec un doux et innocent sourire.
Je hochai machinalement la tête, elle ne se détacha pas de mes épaules.
C’est quoi ce « AF » que vous portez brodé sur votre tailleur, m’enquis-je pour masquer mon trouble naissant.
Aérofreins, Monsieur, dit-elle. On lui aurait donné le bon Dieu avec confession. Nous procédîmes 18 au catalogue raisonné des alcools disponibles à bord. Ça n’était pas la joie. Mais la réserve personnelle du commandant, s’il me donnait son accord, devait receler quelques petits trésors. Cornaqué par la jolie toutes les femmes sont jolies vous savez, il suffit qu’elles le veuillent et… de savoir les regarder nous pénétrâmes dans le cockpit.
Ah ! fit le galonné quand je lui révélai mon identité. Ah ! j’ai lu votre bouquin, le plus récent. Viol de Nuit, c’est planant. Et vous ne parlez pas si mal que ça des avions ! Commandant Sollers, pour vous servir, cher Monsieur.
J’en avais un peu marre que l’on me confonde systématiquement avec Saint Exaspéry mais, après tout le battage médiatique qui avait eu lieu à la parution d’IDM, si ce Sollers ne l’avait pas encore lu c’était un cas désespéré (et j’en connais d’aucuns qui sont de purs poivrots).
Seriez-vous parent avec l’écrivain ? m’enquis-je. Depuis le temps que je paraissais le brocarder dans mes écrits (c’est faux), une mise au point eut été sympathique.
De l’écrivain ? Non, du missile plutôt, fit-il pince-sans-rire. Et voici mon copi, lieutenant Isaac Laquedeem senior. On l’appelle ILS, fit-il rigolard, ça peut dépanner.
Je dissimulai mal ma surprise. Que foutait Laquedeem dans cette galère volante ? Il était censé s’occuper de Montaigne. J’écartai cette question, comme tous les juifs il avait sûrement pris un congé sabbatique. Shale homme, on s’expliquerait plus tard.
Dévisageant Sollers d’un air franc, simple et direct j’en arrivai à ma requête. J’étais privé depuis longtemps de l’exercice d’une passion dévorante, lui dis-je. Préparer des cocktails et les siffler. Il cligna de l’œil.
Je sais, mon cher ami, je sais. Comment croyez-vous que, moi, j’arrive à poser cette satanée machine ? Je m’en prépare une petite douzaine avant d’établir sur ILS.
Je voyais mais je ne pus retenir une réflexion embarrassante : en CAT III les avions se posent tout seuls, sans intervention humaine.
Certes, me répondit-il, mais ces compléments AAL prennent une place horrible et c’est justement là que j’ai installé mon bar.
C’était un type cool.
Que puis-je faire pour participer modestement à votre trésor ? lui demandai-je.
La réponse ne se fit pas attendre : « Épatez-moi ! »
Nous finîmes par convenir d’un tonneau barriqué, figure dans laquelle l’avion effectue un tour complet dans son axe de roulis (tangage ou lacet, je n’ai jamais pu me souvenir de ces chinoiseries qu’on vous impose à l’oral), la gravité restant constante durant toute la performance. En d’autres termes si une seule goutte de jus d’orange sortait d’un verre ou si une vieille dame s’envolait à destination des soutes à bagages j’aurais perdu et la tripulacion ne m’épargnerait pas ses sarcasmes. Il me fallait simplement espérer très fort qu’aucun passager ne regarderait par les hublots pendant l’accomplissement de cette simple figure de routine. Je m’installai en copi et entamai la procédure. Malgré l’opinion des auteurs du manuel de vol, sur un 747- 400 la figure était élémentaire et très réalisable. Je n’aimerais pas vous barber en étant trop technique, sachez qu’il suffit de s’assurer d’une vitesse moyenne vive, de lever le nez de la bête dans le style nose up et d’entamer un virage constant sur la gauche, par exemple, le pied un peu à droite pour tricher avec la symétrie de l’appareil. L’astuce réside dans la compensation des vitesses : avec le nose up on perd de la vitesse mais dès qu’on se trouve sur le dos et il ne faut pas y rester ! on en gagne et la perfection réside dans cette figure, ralenti, accéléré et retour à la vitesse départ. J’avais répété ça sur un petit bi mais je l’avais simulé mille fois sur des systèmes pro. Le truc c’est de ne pas toucher le manche, le moins possible en tous les cas. Ça ne me fit aucun effet et je regagnai mes 350 nœuds de départ avec l’air innocent du pro qui n’a fait que ça toute sa vie. Du bluff mes frères, du bluff, car en réalité rien que de penser que nous pesions quelque 300 tonnes (l’avion n’était pas plein, les réservoirs non plus) et de voir des ailes d’environ soixante-cinq mètres suivre mes petits caprices, j’en avais plein les yeux.
Pas mal du tout, s’exclama Sollers, je n’aurais pas fait mieux. Faites-moi encore un petit décrochage et l’affaire est à vous !
Insensiblement je ramenai les quatre réacteurs à 20 %, sortis les AF avec une lenteur étudiée, fis monter le son des infos cabines avant de sortir le train, balançai 15, 25 et 45 degrés de flaps et tirai tout doucement sur le manche. La grande bête paraissait immobile dans le ciel, elle se mit à vibrer très progressivement. Sollers m’observait avec intérêt et ne broncha pas quand, soudain, le géant se cabra avant d’entamer une chute vertigineuse.
Un vrai fer à repasser, commenta-t-il, tirez doucement, on a bien chuté d’un kilomètre ou deux ! Quel pied ! On a fait du 45 m/sec, jamais vu ça chez un amateur. Il se fendit d’un sourire façon vieux bourlingueur. Heureusement que j’avais coupé le transpondeur et les boîtes, si ça se trouve le contrôle n’aura rien remarqué, haha !
Sur quoi un jeune rouquin en shorts grisâtres pénétra dans la cabine, suivi de près par une Salomé l’œil très attentif.
Capitaine, parvint-il à dire, ce putain d’avion vient de faire un tonneau.
Et alors, dit Sollers très sec, vous n’avez jamais entendu parler des SACS ? Les Simulations Aériennes de Catastrophes Sérieuses ?
Laissez, commandant, dit alors Salomé qui achevait de cagouler le passager, mains dûment liées dans le dos, je m’en occupe. Elle passa un cordon étrangleur au cou de l’infortuné et fila, moi derrière, vers le couloir des hôtesses en décochant de traîtres coups de la pointe de ses chaussures dans les mollets du malheureux.
Mais qu’allez-vous donc en faire ? m’enquis-je effaré. Déjà les autres hôtesses avaient tiré les rideaux et se répandaient dans la carlingue laissant place nette à la douce française.
Le vider de son agressivité, dit Salomé si douce, si journalière, si rassurante. Une bonne quinzaine de fois, ça fera passer le temps.
Moi, j’aurais passé ma vie avec confiance aux côtés de cette Française typique et rassurante. Ce serait le bonheur (si j’avais un marteau), le modeste sentier des honneurs bourgeois, un apéro le soir, un peu de jardinage peut-être, le vékinde. Cependant, dans l’espace des hôtesses, j’avais eu le temps de voir le superbe harnais de cuir fixé près de la cantine, Salomé l’avait fait surgir de la paroi sur simple pression d’un bouton. J’examinai l’ensemble de courroies et prothèses qui venaient de se refermer sur le malheureux. Ça me rappela confusément quelque chose.
Ça ne viendrait pas d’Italie ?
Ah ! fit Salomé, vous êtes un connaisseur. C’est un modèle Vatican III, le fin du fin, étireurs d’orteils, poucettes réglables, anneaux retardeurs, assouplisseur de nuque, stimulateur anal, ventral, et même un silencieux de bouche rotatif en option mais… avec le bruit des réacteurs je ne vais pas l’utiliser.
Je la vis se défaire de sa tenue d’hôtesse AF (cette compagnie procure des escortes, Lelouch me l’a récemment assuré) et apparaître en simple string noir. Seigneur pardonnez-moi mais son cul était du genre divin, des ondes de force l’entouraient, pommes hautes, musclé, tout ça, rien qui prête à un commentaire vulgaire. Je ne lui demandai pas si le piège chantait aussi des cantiques, je connaissais. Laura m’en avait fait les honneurs.