Margelle
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 La Cantate interrompue

 

A Alberto Ginastera

 

7 pièces pour Récitant, Soprano, deux grands pianos, deux synthétiseurs DX7 à modulation de fréquence, une percussion, quatre cuivres et grand orchestre à cordes. Révision 1986, novembre 14.

 

 
Circonstances : Alberto Ginastera qui fut un second père pour moi meurt à Genève des suites d'un foudroyant cancer du sang. Je suis très attaché à cet homme, le seul avec André de Blonay, qui m'ait dans le milieu establishment genevois témoigné de l'affection et de la fidelité. En deux semaines j'écris la première version de la Cantate Interrompue, un hommage, un adieu.

Sujet : Orphée! Un homme tente de rappeler son ami disparu. Il use d'invocations, d'une prophétie qu'il dit vérifiable. L'évolution formelle de la Cantate est celle d'un ordre un peu statique à une déferlante chaotique. Mes diverses obssessions reviennent (la fin du monde ce sera une musique), le Grand retour, l'eau claire, l'altitude à portes (un poème d'André Corboz mais aussi une réalité dans ma période espagnole, la chambre des quatre vents) un message banal qui n'est autre que le souvenir de ***** de Borgès et même de poème sur la VIIème de Johny Hallyday ( Tu es sûr qu'il y avait de la liberté dans ce pays ? Tu crois vraiment que des enfants jouaient... ici?) un enregistrement rarissime. Et encore : "un jour je comprendrai la parure du jaguar" Borgès à nouveau dans ...******. compléter. Même le groupe Chagrin d'Amour passe ici en souvenir (5 heures du mat' j'ai des frissons, je claque des dents et je monte le son...), l'impérieux écoulement dans la tête de celui qui va mourir. Bien entendu le caractère latino de cette éxécution fait référence à Peron comme à Pinochet. Et à propos du dictateur argentin, quand le Prix (Nobel) de la Ville de Genève m'est attribué en 1979, puis supprimé par décision politique (on voit sur le site la rubrique musique qui est manquante) Ginastera vient me voir et me dit "J'ai quitté l'Argentine à cause de Peron et de ce qu'il représentait, pour Genève terre et symbole de libertés. Maintenant je sais qu'il n'y a pas de différence, au fond." La sixième partie fait référence aux mondes de Roger Zelazny, la saga des Peinces d'Ambre. Ambre est le monde platonicien des modèles et Ombre est l'une de ses versions, la terre, notre terre. Enfin dans Adieu, la musique qui commence par une mélodie en sol majeur très simple, dans le style de Keith Jarett, évolue vers un chaos que - brutalement - la mort interrompt. Détail technique, l'accent très puissant qui arrête la mesure est placé à la dernière double croche d'un 2/2, soit avant la périodicité suggérée par les battues du chef. Cette fin provient également de Monades II, un chaos dominé par une pensée (les cuivres), un homme emporté par le torrent du monde. Voir le commentaire de Hugues Dufourt à ce propos.

 écouter la Cantate Interrompue en mp3 : (en cours de chargement)

Invocation simple Invocation du deuxième type
Prophétie vérifiable
Mezza voceMessage banal
Un pas hors de l'Ombre
Adieu

Mise en scène avant Vox I 

Le Récitant :

 

 

I

Brutalement

Un homme

quelquepart dans sa vie

regarde... au loin

il regarde "après"

il gomme les apparences

il défait

et

il voit :

 

(jouer immédiatement le premier accord)


 

 

Invocation simple

 

 

Séparer

puis.. revenir

Rêver peut-être...

Je suis l'obstacle à la rigueur

et pourtant je te vois

je te sais là

invisible et proche

 

Et j'appose mon premier sceau.


 

II

 

 

 

Invocation du deuxième type

 

 

L'extrême simplicité de ce discours

porte la trame infinie des naissances

des possibles répétés

et jamais semblables

 

Une nuit,

je suis venu au bord du monde

j'ai traversé une mer jaune et

approché une haute falaise

qui tombe comme un cauchemard

dans les flots

 

Creusant le roc une horrible lumière descend

aproche d'une présence terrible

Je ne peux ni hurler

ni m'envoler, ni

 

imaginer les constructions diaphanes

qui te gardent de la déconstruction

 

Alors

 

j'appose mon second sceau.


 

 

III

 

 

Prophétie vérifiable

 

Je vois que vous êtes tous là

que vous êtes tous venus

Je vous reconnais

Toi, bien sur, compagne d'un autre été

et toi aussi, et puis...

Oh! toi, tu es là !

 

Alors, une chose m'inquiète

C'est que.. la mort,

Je vais vous oublier

tous !

Et toi aussi

Et toutes ces relations fragiles

que tu entretiens avec le monde..

Comment feras-tu pour continuer ?

Si je ne suis plus là ?

Si je cesse de te rêver ?

 

Regarde :

A l'horizon

Il y a convergence de signes de fin du monde

Ils viennent des quatres chambres du Ciel

en forme de trombes qui se tordent

Mais..

La fin du monde..

Oui, la fin du monde : ce sera une musique

 

Une musique

simplement :

terriblement précise.


 

IV

 

Mezza voce

 

 

 

Je te parle du Retour

Du jour où l'eau reviendra

du jour où l'image de ma mère ne sera plus brisée

à l'intérieur d'un rêve

 

de tous les jours clairs

où nous effacerons

ceux qui répètent le monde

 

Du jour où les chemins finiront

où les plages seront vides et propres

 

et je te pose une question :

 

Ce jour,

comment te verras-tu ?

Quand tu reviendras ?

 

Songe-y

 

Car je te parle du Grand Retour.


La Cantate interrompue

 

 

 

 

V

 

 

Message banal

 

 

Cinq heures du matin

et moi je marche

C'est une vision

je le sais

mais..

j'en suis l'acteur

Les balles seront-elles réelles ?

Et ces soldats gris

sous leurs casques gris

sont-ils réels ?

Alors moi je marche, forcé

dans une ruelle

Et je te vois !

Furtivement tu écartes les rideaux

d'une pauvre demeure

et tu me perds de vue

 

Les annotations graphiques représentent le dialogue
entre le Récitant et l'orchestre avec ses grands accords synchrones :
bien observer les indications; vite : enchaîner tt de suite après l'accord ;
hésité : attendre un peu ; lent : attendre beaucoup.

 

 

Tu es sûr qu'il y avait de la liberté dans ce pays ?

Tu crois vraiment que des enfants jouaient

ici ?

qu'il y avait des paysans

 labourant la terre  (hésité..)

avant les tanks ?

Moi...

(lent)

Il ne me reste plus que..

 

quelques mètres à vivre...---(lent)

 

quelques mètres...

 

Mais un jour je comprendrai la parure du jaguar

et je serai invincible

et fort

 

Et je me reléverai

Et je les effacerai

 

Tous

   et Tout !  

 

(à ce mot le Récitant stoppe l'orchestre)

 

Je serai injuste

pour ceux qui méritent de vivre encore

mais quelle école me l'aura donc appris ?

 

A moi qui regarde déjà

dos au mur

 

l'autre versant sombre du monde.


 

VI

 

Un pas hors de l'ombre

 

 

J'habite un monde

que vous n'avez pas visité

mais je veux vous le décrire.

 

 

Partie inférieure

dans le gouffre que protège un escalier noyé d'eau limpide

il y a la Marelle

le dessin qui fonde toute chose.

Ce schéma vit, tue et transpose.

Seuls y accèdent les Seigneurs

ou ceux qui jouent leur vie.

Par elle on domine le monde.

Je l'avais construite autrefois

Mais..

je ne la comprends plus.

 

 

Au centre :

une campagne que fréquentent les démons.

Choses et gens y sont instables,

improbables quelquefois.

 

 

 

De Nuit on accède à la ville transparente

par des marches qui s'effacent avec le jour.

Cette cité contient chqaue rêve fait,

présent, à venir ou possible.

Elle varie avec le gouffre

dont elle est projection

et re-dessine le destin de qui la quitte à temps

avant que la gracile spirale

ne se brise

pour un fatal envol dans le vide.

 

Ces mondes sont : Ambre ;

l'extérieur, ici, c'est Ombre.


 

VII

 

Adieu

 

 

Je voudrais te dire, Mon vieil Ami,

quelque chose d'important, d'essentiel

mais les mots m'échappent ,

j'ai du sable dans les yeux

et

je ne sais pas pourquoi.. cette oeuvre est dangereuse

Je dois te prévenir,

je sais,

mais il y a des fils de métal qui enserrent la Terre

il y a des barres de lumière dans ma tête

tu sais

et il y a surtout la montée de cette musique fleuve

où ma voix s'ensevelira

 

Non, arrêtez, ce n'est pas celà le message

il est simple le message

je voudrais te dire, mon vieil Ami ,

une chose simple et pourtant impossible

a trannscrire avec des mots

Je traverse les nuits

Arizona déserts Varèse Le roi de PIerre

pour connaître ce secret

à délivrer

Et là, maintenant, un savoir se présente,

je suis parcouru le feu froid

Ah! mon compte rendu est de verre

Si seulement j'étais seul,

si je n'avais pas laissé exister cette musique,

Si..

Je pourrais te prévenir

et tu ne mourrais pas,`ce pourrait ne pas être

Orphée , tel est mon nom,

Je ne nommerai plus que des ombres,

car il est trop tard, mon vieil ami,

Je ne remonterai plus le fleuve

Alors écoute-moi :

Ce n'est pas le message des cours de Chaos

ni l'enfer des possibles

que je t'apporte,

Je voudrais simplement te dire

Mon vieil Ami,

m'entendez-vous encore dans ce tumulte ?

Je voudrais te dire

Adieu.