Textes cités dans Les femmes préférent les femmes :
Annexe 5
L'Indienne
version du 13 mars 2008
texte en apnée
(La fille de l’autre côté du fleuve,
essai d’un texte en apnée)
L’Indienne est arrivée avec toute la brutalité de sa jeunesse, je partageais ma vie entre dormir et surfer un fleuve de lave, alentour il se propage des fleuves de lave, ou de rage et aussi de rien humain en forme de sexe et d’inculture, je croyais être encore mon acteur central quand l’Indienne est tombée là, comme un récif, un obscur désastre, elle arrivait de l’autre côté du temps et de l’Océan, c’était la femme la plus improbable, je ne comprenais rien aux signes révélateurs du changement, de la fin de mon règne, d’une proche renaissance, je me croyais irréparable, j’écrivais le matin ou dans la nuit, des messages sur mon Ipod, des messages à Chris de New York, ce seul ami qui ne m’ait jamais déçu, pour lui balancer des phrases à peine sibyllines, ça parlait de la nuit immergeant ma vie, ça se référait à Mallarmé ce grand oublié, “Un peu profond ruisseau, la mort”, beau poème mais perdu de vue, trop loin de cette époque veuve de la durée, amoureuse de la rapidité, nous surfons le monde de l’oubli, c’est le prix du changement rapide, nous craignons plus que toute chose la perte de vitesse et je me souviens de ces messages envoyés au hasard électronique, Chris tout comme moi fonçait vers la mort et il s’en foutait, je ne sais pas lequel des deux courait le plus grand risque, lui assassiné par un gay dans l’ancienne Venise du xxie siècle, moi en mon avion perdu dans une tempête de neige entre la piste la plus inhospitalière du monde, Berne-Belp où il y a un contrôleur aérien qui parle en rongeant une pomme ça me terrifie, et ce grand navire naufragé qu’est Centremont où j’ai voulu dormir seul, n’importe qui pouvant entrer par les fenêtres en gravissant les échafaudages érigés par les Barbares, j’y venais souvent en fin de journée et je parlais avec des ouvriers aussi abandonnés que moi, je n’aimais pas l’idée de rester là seul la nuit et d’entendre sonner l’alarme, pas envie de prendre mon flingue, pas envie vraiment d’entrer dans une relation meurtrière avec un inconnu sans intérêt, seul dans cette maison si vaste tout au centre de Genève, en hiver, il y fait froid, c’est erratique, c’est étrange, je m’y rends très irrégulièrement et chaque fois j’éprouve ce sentiment de grand navire abandonné, de vaisseau fantôme, je parle avec ces étrangers qui le démâtent, ils me regardent avec méfiance mais je sais me rendre proche, j’ai plus de contacts avec eux qu’avec les gens d’argent ou de société, les notaires, les voyous inscrits au registre du commerce les avocats, les marchands, les banquiers, les pourchasseurs de vanités, tous victimes captives du système, je reviens à mes messages jetés sur les vagues Internet par quoi tout commence, le matin, je prenais cette petite merveille de technologie ultra slim et brillante dans ma main et avant même de me rendre dans mon bureau, j’écrivais quelque chose qui partait dans le monde, à n’importe quelle destination, les mails qu’on fait depuis son lit ont un charme spécial, ils sont chauds, ils ne prennent pas vie devant un bureau plein de tyrannie, c’est à New York en ce cas, j’écris “des mots perdus, sourires erratiques, la mort” puis, le jour suivant, “Oui mon frère !/ Il vient un moment où l’on ne se sent plus nécessaire/ Où l’on ne projette plus de sens sur le monde alentours Que s’éteignent alors nos feux solitaires, S’il n’est plus personne à réchauffer, ni enchanter” et je trouvais ça poignant et pompier, les deux, sans complexe, la perspective de ma mort ne m’intéresse pas du tout, sur quoi l’Indienne, la foutue fille est descendue de l’imprévisible, elle n’est pas belle, elle est évidente de jeunesse, elle est, ce qui est rare, et sur le moment je ne me rends compte de rien car je me crois protégé par le temps, par mon usure, par mon importance, ma fatuité et cet Océan d’âges et de kilomètres qui nous séparent, écoutez-moi !
je ne vais jamais mettre de points dans ce récit
je ne vais jamais mettre de points dans ce récit, (une nouvelle peut-être ? mais une nouvelle ce serait déjà une histoire alors que ces lignes ne sont qu’une vie en surfusion), des points c’est trop risqué, il pourrait s’y glisser un point final et, sachez-le, je n’ai aucune envie de me soustraire à cette intelligence féminine en approche, ma plus grande perversion n’est pas d’aimer les femmes en bottes, en cheveux, en talons, en jupe de cuir, en débardeur (j’adore bien sûr ! vous remarquez que je suis toujours attiré par les filles saines et sportives, je devrais pouvoir tomber amoureux des Américaines Oui mais Non !) les filles en shorts, en mini et les filles en “en” comme elles savent si bien le faire et le porter, à quelle école vont-elles ? pas chez Lagerfeld j’espère, bien qu’avec l’âge il devienne imperceptiblement plus humain, moins con, ma plus grande perversion et ceci vaut confession, c’est d’être attiré par les femmes intelligentes et fortes qui seront mes trous noirs, TNT je l’ai souvent utilisé, trouvez vous-même le code de cet escrocnyme, je ne me sens pas faible devant elles mais je sais les pouvoirs auxquels il faudra rendre des comptes ; tiens… un point-virgule ! j’avais besoin de souffler mais ne rêvons pas, ou l’on va d’une traite au bout de ce récit ou il s’étiole dans l‘instant, l’Indienne est arrivée, elle est presque grande, je ne sais pas, moins que mon mètre quatre vingt-deux, elle n’a rien d’un top ou d’une star, elle est simple, vive, souriante, inquisitrice (elle veut tout savoir tout de suite), elle habite le présent comme une bête de proie, la proie c’est moi ? je l’espère de tout mon cœur mais la suite de ces mots me happe à nouveau - comme c’est bon de retomber dans le flux de la vie - où étais-je ? sur un fleuve de lave qui marque ces pages, difficile de trouver des pages vraiment brûlantes sur Internet, l’affluence extrême, le toulemondisme agit comme un dissolvant, évitons tout jugement que la statistique rendrait vite idiot, la lave ce n’est que moi, mon sang révolté, cette centrale brûlante ma source que jamais je n’ose approcher, qui réside quelque part dans “Je”, dans “Ça”, d’où viens-Tu l’Indienne ? lui dis-je en pensée, je ne lui pose pas vraiment la question car elle (qui vite va devenir Elle, Aile) m’intimide par sa sauvage intelligence et sa jeunesse excluante, depuis le début de ces lignes je suis trop occupé à disserter narcissiquement sur ma mort et sa mise en scène, Elle est tombé du ciel des filles et je ne suis pas conscient de ce qui m’arrive, de qui Elle est, de cet accident d’avion (les femmes vous tombent sur la tête mais certains d’entre nous sont de réels paratonnerres et en reçoivent beaucoup plus que les autres je sais pourquoi), plus jeune j’avais imaginé des masses de scenarii pour mon grand départ (mais vous savez les morts dans la réalité, les morts quand on s’approche d’eux ont toujours l’air petits, rétrécis, les grands gisants sont de pierre et ne sont que des légendes), j’avais rêvé qu’un orchestre joue pour moi le prélude du deuxième acte des Maîtres Chanteurs de Nuremberg, la méditation de Hans Sachs, et surtout, vers la conclusion, de faire entendre ce moment où, (après une respiration qu’il faut absolument donner à l’orchestre), la première note du thème principal est reprise mais dans une harmonie à la Wagner, une couleur déchirante, quelque chose de non résolu, un accord qui déjà est un adieu en soi, un destin, une grandeur et je me pleurais moi-même car, bien entendu, j’assistais moi aussi à ma cérémonie, avec beaucoup d’intérêt, en évaluant les miens, les chagrins, les gueules enfarinées et les contents, mais avec le temps j’ai changé, et j’ai eu envie d’avoir tous mes amis réunis avec une simple chanson de Bécaud pour m’en aller, pas Alors raconte ! et même pas l’Enterrement de Cornelius (je n’ai pas le talent de Sidney Bechet… même s’il m’a honoré d’une leçon un soir de jam session, j’avais dix-huit ans, je jouais du saxophone soprano assez mal mais avec passion et au bout de mon souffle) je rêvais tout simplement que mes femmes et mes copains chantent pour moi Quand il est mort le Poète, parce que poète je le suis y’a pas photo, exécrable ¿Quien Sabe ? mais on s’en fout, ce job n’est que de nommer les choses et les êtres et de ça je me suis super bien acquitté, avec cette chanson on se serait bien amusé parce que le refrain c’est eux qui auraient du le chanter, une sorte d’enterrement nègre en Helvétie où on finit par de la gaîté et, Avec le temps et mon ami Léo, j’ai moins pensé à mourir et à me mettre en scène si ce n’est en trois livres où j’ai - je dois vous l’avouer - sottement d’Ormessonisé mais en plus fantastique, j’ai reconnu être, avec simplicité, un grand poisson et vouloir retourner à la mer, mon élément à moi, les courants salins, en ai-je assez parlé dans mes books, le pays d’où je viens ; il est vrai que Tim Burton et son chef d’œuvre sont passés par là, qu’il a mis en scène la grande saga des gens des profondeurs qui rêvent leur retour à l’Océan
des gens des profondeurs qui rêvent leur retour à l’Océan
et justement, dans des moments très durs, je suis tombé un peu beaucoup amoureux d’une autre chanson de Bécaud qui s’appelle (je crois) Les Caraïbes et dans laquelle un homme d’affaire, un homme social fatigué, proche du naufrage se confie avec une extraordinaire simplicité, “Je voudrais être/ en face de moi/ et puis me dire/ viens on s’en va/ dans une eau plus limpide/ que l’eau des Caraïbes/ comme ça !” ça n’a l’air de rien mais si l’on est en partance c’est poignant, l’artiste savait traduire ce renoncement, cet aller simple vers une eau plus limpide, ça me parlait terriblement, personne ne pouvait balancer ce “Comme ça “aussi bien que lui, (il me rappelait aussi un vers de Baudelaire O mort vieux capitaine {} ce pays nous ennuie {} appareillons !) ce même désir de départ, viens on s’en va, dans une eau plus limpide, que l’eau des Caraïbes, est un texte qui évidemment ne prend sens qu’avec la voix, l’harmonie, là nous sommes tout simplement devant la version moderne de l’opéra, celle qui nous concerne, j’ai aimé l’extrême pouvoir d’émotion de ce chanteur que j’ai beaucoup aimé, je l’ai vu à la télévision interpréter cette chanson et j’ai reçu son message de fin de vie, de partance, de partir loin de cette culture, loin des honneurs et du social, de se retrouver (tel qu’en soi-même enfin) dans la transparence, pendant cinq ans de guerre et de solitude écouter Les Caraïbes me fut un rituel d’adieu, je ne voulais plus partir “en vrai”, je voulais accéder à ces mers transparentes que je savais exister en moi, voilà pour ce qui est de mes quelques rêveries du grand départ mais pour le présent l’Indienne m’éloigne de toute évasion, elle me coupe les ailes, je suis bien trop attiré par la fille chimique, j’évite à dessein de dire alchymique, ce serait de la littérature de placer ça tout de suite et d’ailleurs ça viendra, elle le sera mais à son heure, quand Elle le voudra, nous parlons, en espagnol exclusivement et mon arrogance fond devant la langue qui a inventé le “Ser y Estar”
mon arrogance fond devant la langue qui a inventé le “Ser y Estar”
deux formes ou plus justement deux modes du verbe être, une manière de désigner le transitif, le lieu où l’on passe et ne reste pas, une qualité fugace de l‘être, l’impermanence (Estar) et en face ce que l’on droit acquis, solide, réel, la sensation dans toutes ses sommes illuminantes, les certitudes pas encore évanouies (Ser), une langue aussi violente que l’hébreu dont les Juifs essaient encore de nous persuader qu’il est la langue que Dieu (Çui-là…) a donné aux hommes pour parler avec Lui - je mets des majuscules malgré tout c’est mon passé de catho - il faudra que je revienne sur ça, sur la construction du monde par les signes, les lettres, les mots, le langage assembleur, le langage qui ressemble à la soupe primordiale, la nucléosynthèse, et aussi sur Gersom Scholem qui écrit des pages fantastiques (découvertes en espagnol chez un vieux libraire de Mexico) sur ce thème des origines, ça ne va pas augmenter le nombre de mes lecteurs, (si vous saviez comme je m’en fous…), mon essentiel c’est d’aller vers elle en marchant sur le fleuve de lave, en ne me brûlant pas trop, juste ce qu’il faut pour rester éveillé, pour ne pas être un abominable dormeur car, en son temps, machine et minuterie d’une fatalité merveilleuse, cette Indienne en forme de sentence va prendre sa parole d’amphore, me surprendre et me prendre, sourire, exister, autant de choses abominables que les femmes savent toutes faire même si les grands criminels des podiums ont réussi à en déréaliser quelques unes, je sais que je l’intimide énormément mais je sais aussi que (par quelle urgence ? par quelle catalyse ?) quand Elle décidera de se laisser être (Ser, Estar) je ne pèserai pas lourd, rien, juste la conjonction dramatique et glorieuse que l’on sait et que je rabâche tout le temps, un homme croise une fille, la servitude commence la vie aussi, nous ne sommes pas des saumons mais pour elles nous allons mourir aux sources, expliquez-moi… expliquez-moi… je le dis trois fois au cas où l’un de vous serait un magicien, expliquez-moi… nous nous étudions depuis quelques jours en espagnol, Ser y Estar jouent comme des cornues, agités de bouillonnements extraordinaires, comme une caméra subjective et une “objective” décrivant des faces et modes de l’être, confidence encore : j’ai toutes les peines du monde à aimer en anglais, c’est ma faute, ma très grande faute j’en suis certain, mais mis à part les tirades de Shakespeare qui sont sublimes je n’arrive pas à trouver du bon sexe dans l’anglais amoureux, ce n’est pas faute d’avoir essayé, à Genève, à New York, En Arizona, en Californie et même “in the middle of Nowhere”, vous le savez bien, dans les dialogues des films l’anglais amoureux est à mourir de platitude mais bon ! ça vient d’Hollywood en général et là on sait qu’ils ne sont vraiment pas doués, qu’ils débitent de la viande de femme surchoix, ça, c’est vrai, mais il leur manque un Mozart pour sous-tendre les dialogues, leurs girls sont immensément désirables mais pas baisables - O santa frustracion ! - je maintiens que de William S* le Superbe au dialogue mièvre des Jennifer Lopezizes, l’anglais est un désert sexuel que l’on ne peut traverser qu’à partir du besoin absolument désespéré de loger son foutre et si vous n’êtes pas convaincus allez donc voir “Ce que pensent les hommes”, un super navet dont les dialogues sont l’illustration parfaite de ce qui précède, la vacuité, le rien des amours jeunes de ce temps (il doit bien y en avoir de grands, qui nous aveugle, les médias ? Ah les cons !) un désert sexuel dont la messe, l’évangile, le corpus sont atrocement plats, vulgaires et sans inspiration, c’est tout différent au royaume de Ser y Estar, les désirs contenus envahissent et paralysent l’organisme, le volcan gris n’est pas loin, l’español contient une telle provocation musicale implicite qu’il devient l’unique langue du désir, je n’ai pas dit satisfaction, l’Italien est probablement l’idiome de la consommation, de la grande bouffe sexuelle, toute la différence entre Don Juan et Casanova, je me limite à quelques langues que je connais, on me dit que le russe est riche en couleurs je le pense, mais peut-être pas le farsi et certainement l’allemand qui est trop structuré, trop carcéral, (je déconne parce que Goethe parle à Minna dans cette langue et ils avait certainement quelque chose à lui dire ? pas sûr en fait…) mais bon, il ne peut y avoir de miracle “fille” sans une frange de chaos, de désordre, comme une cellule vivante qui ne possède pas de frontière définie (comment le féminin s’affranchirait-il de cette idée ? il ne le veut même pas) ces idées me confortent dans ma certitude d’agréable danger,
quand une femme sourit elle dit explicitement “je vais te manger
quand une femme sourit elle dit explicitement “je vais te manger”, dictature de parfaites dentitions nous comprenons vos buts… je ne suis pas là pour développer une sexolinguistique, je suis pétrifié en attente de raid, de rapt, d’une jupe trop sage lentement haussée au seuil du genou, le virginal m’étouffe, seuls ces mots coulent de ma bouche comme d’une fontaine incohérente, je suis en attente d’immanence féminine indienne (le Mexique, l’AmSud pas l’Inde au nom du ciel !) et nous allons nous savoir, la chimie sera facile car elle ne parle que son espagnol extrême, parfois lent et rêveur, soudainement vif comme une armée de mitraillettes, râpeux à sa manière provocante, sa peau est loin d’être parfaite, trop d’hormones masculines peut-être, un soupçon d’acné ? je ne sais pas et je ne vais pas m’arrêter à ça, les filles à peau de bébé j’en ai connu des masses et généralement leur âme est rugueuse, je raconte tout ça, au même moment une nouvelle remonte d’Internet, un Learjet s’est écrasé en novembre sur le Paseo de la Reforma, l’une des plus grandes avenues de Mexico, Anema, qui justement m’appelle - elle a des antennes celle-là, elle a près senti l’avènement indien - pense que c’est un attentat, que le Ministre de l‘Intérieur était à bord et qu’il s’agit d’un règlement de comptes, une affaire de drogue dit-elle avant que sa voix ne soit mangée par Telmex ; je me dis que cet avion aurait pu tomber sur l’Indienne, est-elle plus en sécurité en Suisse ? matériellement oui, les gens d’ici ne sont pas assez fou pour laisser un Learjet voler à basse altitude comme les Mexicains l’ont permis sur la plus grande ville du monde, elle est safe, je pense que c’est surtout moi qui ne le suis plus maintenant qu’elle foule mon territoire, elle s’habille simple, n’est pas du genre accessoires de séduction mais - on ne sait jamais - je l’emmène en France et je lui achète des bottes,
je l’emmène en France et je lui achète des bottes,
elle ne me pose aucune question, cette fille trouve tout naturel, elle devine mon jeu, elle le connaît mieux que moi… des bottes, nous sommes en hiver et ça, c’est le prétexte, l’essentiel étant que cette offrande à toujours un sens très précis, elle signifie “prends-moi” ou “montre-toi”, offrir des bottes à une femme est une déclaration de soumission mais ça ne passe pas souvent, la plupart des filles ont oublié le langage symbolique, j’ai récemment supporté une grande et belle idiote passionnée de vitesse et qui à propos de bottes m’a fait le cinéma le plus nul possible pour finir par acheter en Suisse, au quadruple du prix, celles trouvées en solde à Annemasse capitale du vice fétichiste, dans la Sous-France comme dit mon instructeur vénéré, c’est une question intéressante, faut-il se ruiner pour que l’objet “femme” soit satisfait ? il n’y a pas de réponse standard mais c’est assez vrai, payer trop est un signe de décadence amoureuse, l’effet pervers des marchés qui enseignent aux filles que seul celui qui peut perdre son sang (ici argent) sans mourir est digne de les féconder, bien entendu elles obéissent à de telles directives mais n’y comprennent rien, elles les ignorent superbement, elles ne sont pas souvent intelligentes, et c’est ma chance puisqu’intelligente, l’Indienne l’est terriblement, Ça lui sert de poignard sacrificiel, elle va, je le devine, dans un premier temps me réduire à mes mots puis me lier avec son silence, je vais résister, enfin… pas trop, je veux plus, je veux qu’elle m’anéantisse, j’en ai marre de moi et j’ai lu tous les livres… à ce propos j’ai une fois de plus de l’avance sur le village parisien, ce n’est pas difficile, je viens de parcourir une démolition bien construite de Philippe Sollers (c’est un écrivain qui promettait) dans je ne sais quel gazette frouze, c’est dur, méchant, vrai et bien construit, mais tout ça je l’ai dit il y a bientôt une douzaine d’anémones, quand c’était vrai, le pape des lettres françaises (titre conféré par les mêmes tabloïdes) n’a jamais été capable d’écrire un roman, une histoire quoi merde ! il n’a jamais rien eu à nous dire si ce n’est d’étaler sa culture (qui est grande) avec un complaisance digne d’un eunuque auto masturbé, il fallait lui couper la tête quand il était vivant d’ailleurs, si l’on décapitait tous les bavards qui n’ont rien à dire, quel désert culturel gagnerait la planète, bref l‘Indienne a accepté les bottes et elle choisit, à ma grande colère, des bottes de daim noir qu’elle porte sur ses jeans, elle a de l’allure avec ses jambes musclées mais j’avais envie de cuir noir et souple, il faudra que je repasse, elle prend son temps et m’oblige à mettre mes fantasmes à son heure, elle prend mon temps également, privé de temps j’a “temps” la suite, cette fille est du genre à vaincre les catégories temps et espace, elle vit à plus de huit mille kilomètres de chez moi et un abîme de durée nous sépare, quelque chose me dit qu’elle est puissante et qu’elle a vu en moi son résonateur, son levier, son trigger, son catalyseur,
j’espère qu’elle n’est pas en surfusion car je n’aimerais pas finir hérissé de glaçons en cavalier gelé du lac Ladoga
j’espère qu’elle n’est pas en surfusion car je n’aimerais pas finir hérissé de glaçons en cavalier gelé du lac Ladoga, notre relation est pour le moment faite de rires, d’audaces, d’intransigeance et de sexe figé, c’est moi qui élève ces barrières glaçantes, voudra-t-elle les abattre ? je ne sais pas, tout ce que je sais c’est qu’elle en a le pouvoir, je dis elle et même Elle, n’allez surtout pas penser que cette majuscule suit un point à la ligne, je vous l’ai dit il n’y aura point de points dans ce texte, donc peu de majuscules si ce n’est à Elle qui l’est impérativement mais peut-être ne le réalise pas encore tout à fait, d’elle à moi il y a une mise en abyme, cinquante ans et dix mille kilomètres (pour faire bon poids) ça ne va pas, je ne vais jamais la rattraper, vaincre le temps et l’espace c’est une soupe Kant et Einstein mais dans le cas de l’Indienne je pressens que ce n’est qu’une routine, c’est une guerrière qui a survolé la mer, découvre mon royaume et réfléchit à l’usage qu’elle pourra en faire, je me le dis, pas très convaincu, pas encore con, pas tout à fait vaincu mais c’est en route ; notre histoire n’est pas une affaire de sexe au sens commun du terme, c’est un duel de pouvoirs,
les filles très jeunes, heureusement pour nous, ne sont presque jamais conscientes de leur arme, la beauté du diable Jouvence
les filles très jeunes, heureusement pour nous, ne sont presque jamais conscientes de leur arme, la beauté du diable Jouvence, mais s’il s’agit d’une Ancienne, une fille de la race ancienne, tout est possible et voici que cette barrière se disloque, je regarde ses talons, ils sont impératifs et sublimes, arme de guerre, noir mat, écraseurs, doivent lui mettre les chevilles en tension, durcissent ses mollets et ses fesses qu’elle a du type “négresse” quelle merveilleuse cambrure, elle joue avec une chaînette, ce sont les instruments habituels de mise en valeur qu’elle utilise avec un naturel confondant, on dit que les filles relookées construisent toute leur personnalité autour de leur nez, le sien est aquilin mais ce sont ses yeux un peu obliques - les filles d’Amérique du Sud ont quelquefois des yeux bridés de Japonaises - rieurs, énigmatiques qui sont inévitables, je passe de ses talons à son casque de cheveux noirs qui barrent ici et là le regard, il y a de la génialité dans sa manières de bouger les cuisses, c’est une vierge perverse, autrement elle ne disposerait jamais d’un si grand flux sexuel et mental, elle irradie l’énergie des vierges et je commence à comprendre leur prix, rien à voir avec leur présumé manque d’expérience, leur énergie est à libérer, je commence à comprendre l’isotope “vierge”, il faut être lourd pour ne pas le sentir, je suis en train de me demander si je vais lamentablement tomber dans le syndrome Goethique et je crois que si, si je vais devoir, avec une meilleure connaissance de la chimie humaine, des hormones, des phéromones, des écritures ADN mais avec les mêmes fragilités,
récrire les Affinités électives pour me faire pardonner mon errance
récrire les Affinités électives pour me faire pardonner mon errance, je devrais la fuir mais déjà elle me barre la route, il faut dire que je l’aide avec science et inconscience ; par acquit de conscience je fonce sur Internet, instantanément la lave devient grise, il va falloir en retrouver l’ardeur mais peut-être est-elle passé dans les yeux de l’Indienne, je pêche un résumé des Affinités qui “renvoient à la doctrine chimique des rapports entre différents corps, Goethe ne se contentait pas d’une simple analogie entre les attirances amoureuses (pensez “coups de foudre, chimies instantanées”) et les opérations chimiques qui règlent les liaisons et les précipitations des substances chimiques. Sa connaissance de la tradition chimique et alchimique lui montre l’affinité comme une loi de la nature produisant aussi bien ses effets en chimie que chez les êtres vivants.” il y a un point mais il n’est pas de moi, l’honneur est sauf que le spectacle continue et, pour dire vrai, mon fracas pot-en-ciel avec l’Indienne reste d’urgente réalité car je sais être obligé d’écrire ce texte en un jour, une nuit, un souffle, seul dans la maison sur Achéron, car si je ne le termine pas très vite (qui fixe cette urgence ?) mon histoire avec Elle n’aura pas eu lieu et c’est bien ce que je redoute le plus, pire que de mourir ce serait l’effacement, ce serait dur et sombre ; le plus simple est de lui demander qu’elle m’exécute de suite, sans trop souffrir, je la regarde et je vois que c’est très possible, elle en est tout à fait capable mais la barrière des mots me bloque, ma gorge se serre et, quand décidé à exiger des choses essentielles et violentes, je lui parle je n’entends avec horreur que des imbécillités franchir la barrière de mes dents, où est le parler vrai ? où peut-on communiquer tout de suite en direct ? - et là
je repense à Thibaud le poète quand, d’une manière inimitable il devient triste en parlant de la femme
je repense à Thibaud le poète quand, d’une manière inimitable il devient triste en parlant de la femme : “Amour, où est la sortie de secours ? il rêve de communiquer avec elles… où est le parler vrai ? je ne sais pas, pourtant j’ai été bon en ce domaine, un vrai champion avec la chance, j’ai brûlé les étapes comme personne et je sais que les femmes - et particulièrement celle-là, disposent d’un réalisme et d’une tolérance sans pareilles, je me meurs d’envie de mettre un point ici et là pour me détendre mais elle me tient déjà, en fait je suis lié, comme j’aimerais cesser de me débattre, peut-être aime-t-elle me voir souffrir ? peut-être pratique-t-elle une sorte de pêche à la truite ? qui est le chasseur ? pas moi mais les deux, on va voir ce qui se produit, son corps est fort, robuste, rien d’une gracile aristocratie, rien de dégénéré en fait, ce pourrait être le corps d’une paysanne ou d’une combattante, avons nous un objectif reproductif ? question très conne, nous l’avons toujours, mais dans notre cas ce n’est pas un mouvement sexuel ordinaire, l’ordre du jour est celui de la chimie, des valences, des affinités, au fond nous sommes menés tous deux, nous dévalons le cours d’un torrent, nous n’avons que peu d’action sur notre trajet mais pourtant, l’impression qu’Elle dirige tout m’obsède et m’enchante, je l’ai beaucoup conseillé : ne jamais faire la guerre aux femmes, mener nos guerres de survie, de clan, d’honneur ça oui, mais jamais contre les femmes qui finissent toujours par gagner et bien malheureux celui qui les en empêche car il n’entrera jamais en leur paradis du féminin, elles ont des clefs, la clef peut-être, tout le monde a écrit sur ça, c’est banal mais pas moyen de se taire, nous sommes condamnés à l’écriture, l’Indienne, Elle, me fait pousser des ailes, je lui propose d’aller voler avec moi et nous partons à Berne rechercher l’avion rapide, c’est un drôle de trip car à peine “airborne” tout se bouche instantanément, dans le train, à l’aller, nous avions un grand ciel bleu mais l’hiver et la neige s’interposent, tant pis, nous volons “on top”, sous nos ailes il n’y a que des nuages, c’est beau mais je serais heureux de voir la piste se dessiner… j’espère vivement distinguer le lac de Genève, je connais les caps par cœur mais le moment venu nous sommes encore dans la brume, une forme obscure se profile devant nous, c’est une colline proche de Thonon que j’évite d’un virage de chasseur, nous volons trop bas, elle sourit, a l’air d’aimer ça mais il faudra que la piste proche de la ville soit claire et visible, ça se produit à un prix que je n’ai pas envie de payer, des turbulences furieuses et un vent de travers pas possible je me sens plus à l’aise avec la férocité aéronautique qu’avec le pouvoir de l’Indienne et je ramène deux tonnes à cent-soixante kilomètres heure presque en douceur sur la piste que nous abordons en crabe, l’épisode m’a permis de souffler un peu mais ça ne va pas durer,
il faut dire qu’entre-temps la lave est revenue, impérieuse, chez mon copain mental
il faut dire qu’entre-temps la lave est revenue, impérieuse, chez mon copain mental (c’est lui qui décide de la fabrication de dopamine ou rien, c’est toujours lui qui convoque Éros à partir de son imagerie) la lave elle monte et gonde avec violence, certificat d’impossible éjaculation, je ressens l’envie de pratiquer la nucléosynthèse verbale, comme Dieu : au commencement était le verbe, l’idée de Sholem (ou des kabbalistes) est fondamentale, Dieu (lire la création) n’aime pas les redites et dans un mouvement de rage (Adam, toujours le même coupable) il fige les atomes, les signes, les lettres, il laisse se constituer une version de l’Univers dont nous devrons nous contenter parce que l’homme est par nature très déconneur, Dieu, Lui, est très moderne, il avait conçu un meccano primordial à partir de quoi tout pouvait se penser et voici que la bêtise humaine vient gripper son mécanisme génial, de rage Il ne nous en laisse que la version démo étriquée dans laquelle nous vivons, juste le minimum fatal, heureusement il y a la femme qui sourit en coulisse (veut-elle manger Dieu ?) elle sait qu’elle peut tout gauchir, tout relancer (mes propres énergies ? là est la question intéressante) elle agit en tant que principe pervers, elle relativise, dévie, la femme est bourrée d’univers parallèles, à elle de les décocher à nous de les décoder, cette faculté de combinatoire des signes, d’assemblage, me serait bien utile face à l’Indienne mais ai-je vraiment envie de refaire le monde sans elle, je ne pense pas, nous nous étudions, nous jouons avec gaîté et progressivement je reprends conscience de mon expérience, les hommes, c’est bien connu, mûrissent plus tardivement que les femmes mais certains édifient, avec l’âge, de redoutables citadelles de savoir, je me dis qu’il doit exister un cross over, un break even, un moment privilégié où l’homme est à son apogée sexuelle et mentale, je suis mal parti car les projections me montrent des déclins tellement forts vers le milieu de la vingtaine et des progressions si lentes que notre point d’assemblage parfait se situerait… nulle part, entre 28 et 45 ans ce qui est trop vague, Picasso féconde une fille à quatre-vingt ans où par là… j’aime bien sa formule
«?Je ne cherche pas, je trouve?», de mon côté je pourrais dire l’inverse ou
«?Je ne cherche pas, je trouve?», de mon côté je pourrais dire l’inverse ou presque : chaque fois que j’ai produit une œuvre musicale ou littéraire elle m’est apparue, je l’ai d’abord trouvée comme un tout préexistant dans mon esprit, toute faite et définie mais j’ai du la chercher, en définir les détails et souvent durement, les femmes, elles, je les trouvais sans les chercher, des accidents d’avion, des passantes souvent considérables, je suis un bon paratonnerre bref, les filles, de leur côté, copient Dieu, elles sont modernes, elles vont évoluer différemment, affranchies des bêtises du patriarcat, j’en dis deux mots à l’Indienne qui joue avec une bougie qu’elle tourne et retourne dans sa main, cette cire blanc cassé me trouble, elle doit être chaude et s’amollir - que s’imagine-t-elle ? un sexe ? ou plutôt du malléable, cette fille peut faire fondre un homme, ça je le sais déjà - elle sourit d’un air entendu et je réalise sur quel gouffre nous dansons, elle va avoir vingt ans et rayonne son intelligence supérieure, je sais que sa puissance sexuelle n’est que commençante et là je pourrais la guider mais dans dix ou quinze ans elle parviendra à son sommet et je serais mort à tous points de vue, mes fidèles auront peut-être chanté Quand il est mort le Poète ? sinon je reviendrai leur balancer une claque magistrale, l’Indienne et moi ne sommes qu’une simple erreur de chronologie, un couple qui se rate dans le temps et pourtant je sais que je l’intéresse, on s’est déjà croisés, déjà vu, je me joue l’Éternel retour, que puis-je avoir qui lui plaise, elle me donne la réponse d’une manière un peu détournée, je suis un éternel adolescent sourit-elle et - sous-entendu - j’ai un bon software, un bon manware, cette fille n’est pas la mort c’est le salut pourtant je culpabilise, par à coups, l’Indienne c’est l’intrusion, c’est l’irruption, je sais, je sais que je lui ai envoyé des signaux mais si l’on doit affronter toutes les filles à qui on offre des bottes c’est horrible ! Help ! je ne vais pouvoir me fier qu’à ma technique habituelle, aller trop vite, dire trop vrai, prendre des risques, je sais que si nous palabrons tout est foutu d’avance, avec ma détermination ça passe où ça casse c’est le moment de le dire ; le pire qui peut nous arriver c’est une chute dans le conventionnel, nous sommes sur une porteuse exceptionnelle il faut y rester, je décide de me lancer, je ne me reconnais pas, après tout la plupart des hommes âgés sautent sur une fille jeune - la fontaine Jouvence, ça ne se refuse pas - mais ça finit toujours mal, j’en sais trop d’exemples de la littérature à la vie ordinaire,
ce que je veux au fond c’est qu’elle me prenne, qu’elle décide, après je pourrai me détendre
ce que je veux au fond c’est qu’elle me prenne, qu’elle décide, après je pourrai me détendre, voir quels chemins nous sont ouverts, cette fille adore le risque et déteste les hommes, le bon cocktail banal et même normal, les mecs sont statistiquement détestables, je décide, en voiture, d’un mètre à l’autre, de plonger sur Elle, en piqué, le kamikaze est une activité de grand timide il n’y a qu’eux qui plongent des falaises, dans le vide, persuadés qu’Elle les recevra avec grâce en fin de chute, “pourrais-tu me cravacher ? lui dis-je d’un ton très tranquille, son immédiate réponse est surprenante : “je n’ai pas de cravache sous la main”, “j’en ai une très jolie chez moi” lui dis-je - elle vient de me faire un passing shot celle-là ! - pour ne pas rompre cette brisure de miroir qui commence j’ajoute “mais, combien de fois ? Je ne sais pas…”, “autant qu’il t’en faudra pour que tu me demandes grâce dit-elle, très amusée (je vous avais prévenus qu’elle était directe…) et nous fonçons chez moi pour faire ce qui doit être fait, il faut laisser battre la fille quand elle est chaude ? je sais que ces temps on fait l’éloge du masochisme et que les émissions sur ce sujet deviennent tendance dans les médias, je sais surtout qu’on n’y comprend rien, c’est un sujet avancé, personne n’en parle bien, un tabou pour les imbéciles, peut être que si l’Oréal avait décidé de prôner ça les filles actuelles seraient au courant, elles en sauraient plus, elles seraient enfin branchées sur leur force mais je rêve, elles ne lisent pas leurs codes, masochisme ? ce n’est pas ça que nous allons mettre en route, je veux simplement que nos balances s’ajustent, qu’elle ose, qu’elle n’ait pas peur de moi, qu’elle se montre forte et décidée, le trouillard c’est moi, ai-je assez palinodé ! en quelques minutes nous arrivons sur place, jamais je n’ai vu les boulevards et les arbres s’incliner si vite devant le capot de ma voiture, elle a oublié les clefs dans le coffre, est-ce un acte manqué ? une instance d’échec passe entre nous sourcils froncés mais ne dure pas, on se plaît en attendant de se rencontrer pour la première fois, nous redescendons et ramenons les foutues clefs, on entre, j’annule les codes de sécurité, j’allume des lampes rouges et des spots indirects - il suffirait d’un néon pour tout rendre impossible - je me défais de mon manteau et
sans un mot lui donne la cravache, ses yeux brillent et elle en teste l’élasticité d’un air gourmand
sans un mot lui donne la cravache, ses yeux brillent et elle en teste l’élasticité d’un air gourmand, elle n’a aucune idée de la manière de s’en servir et je vais devoir le lui enseigner, ce n’est pas une fille qui satisfait un fantasme masculin, elle aime ça d’instinct et commence sans attendre d’une manière un peu désordonnée, quelle chance je suis tombé sur une cravacheuse vierge, je suis sa première prise, je n’aurais pas aimé une femme expérimentée on serait tombé dans le banal lourd, j’aurais eu la sensation de faire connaissance d’un autre homme derrière elle, l’Indienne est parfaite, ça zébrure dur mais on se sent tous les deux à l’aise, quelle chance incroyable de pouvoir “se voir” en deux phrases et trois pas, je déteste les approches compliquées, “tu frappes comme une gonzesse” lui dis-je en espagnol pour la provoquer, elle n’est pas dupe mais fait ce qu’il faut et ça fonctionne très bien, mes fesses et moi commençons à éprouver une petite tendresse piquante, à la prendre au sérieux (après tout c’est l’idée) “maintenant, dit-elle je pense que ce serait mieux si je t’attache”, bien sûr que oui, nous ne sommes pas encore arrivés au point central, malheureusement je n’ai rien sous la main à lui offrir pour me lier, elle l’a déjà fait avec son silence, sa beauté, il lui faut quelque chose de solide pour que la situation devienne irréversible, je remarque au passage que cette offrande ressemble terriblement au mariage (l’anneau… quelle horreur !) mais qu’elle a du sens, qu’elle fait plus d’effet, beaucoup plus, nous cherchons comme des fous je suis mort de rire, nous passons en revue une paire de bretelles qui traîne là depuis des âges, non, des cravates… ça ne va pas, ses collants, oui, ça marcherait mais nous ne sommes pas dans une étape érotique et sensuelle, nous essayons de nous mettre dans la lumière, nous empêchons les barrières habituelles de s’ériger, nous explorons toutes les chambres et
la diablesse met la main sur une ceinture de cuir très simple, elle décide que ça fera l’affaire
la diablesse met la main sur une ceinture de cuir très simple, elle décide que ça fera l’affaire et me demande de lui présenter mes poignets, pas devant ! lui dis-je, jamais devant, ça ne correspond pas à la situation recherchée, elle vient derrière moi et entreprend de me lier, je suis subjugué par la douceur qu’elle y met, ses mains m’entourent et me caressent, plus féminine je meurs, son travail est fin - mais… en même temps je suis mort de trouille, et si elle n’y parvenait pas ? rien ne pourrait m’arriver de pire que de pouvoir me libérer… ce serait la chute ! après tout je suppose qu’elle n’a aucune expérience préalable, est-ce que les filles de vingt ans ont l’habitude d’amarrer les hommes (c’est comme ça qu’on dit attacher dans son pays) et si cela se produit tout va tourner court, le rituel - c’en est un - ne sera qu’une plaisanterie, de jeune déesse elle chutera au niveau de gamine audacieuse et moi à celui de vieux pervers, mon audace n’aura servi à rien, on aura gravi une pente abrupte pour dévisser, je ressens chacun de ses gestes, je suis caressé par le cuir de ses mains d’une manière vraiment noire érotique, je prie pour qu’elle soit bonne, qu’elle porte en elle le sang des filles du désert quand elles sont guerrières et pratiquent la science ancienne et progressivement je me rassure, je ne sais pas encore si ça l’excite (ça n’est vraiment pas le bon mot) mais elle me mesure, m’ajuste avec un art et une précision confondantes, ça dure une éternité de plaisir je voudrais que ça ne finisse jamais mais elle s’écarte de moi, sourit d’un air presque timide et me demande ce que j’en pense, je bouge dans tous les sens, un peu de comédie un peu de réalité aussi et m’aperçois que je suis très solidement lié avec peu d’espoir de me libérer, je le lui dis et elle sort de la pièce, enjouée, contente et sérieuse, va chercher deux chaises (espagnoles elles aussi, l’une doit être celle de Ser l’autre d’Estar mais sur laquelle m’asseoir ?) qu’elle dispose vis-à-vis l’une de l’autre, en choisit une et me fait signe de prendre place sur l’autre et nous faisons ce pourquoi nous nous sommes cherchés, nous avons enfin notre entretien de première connaissance,
en attendant la communion
en attendant la communion, il aura fallu trois semaines pour y arriver, je n’avais rien projeté je le jure sur votre tête, je n’aurais pas osé, ça s’est réalisé en deux minutes à peine comme si nous l’avions longuement répété, je suppose qu’il y avait un gros travail de préparation silencieuse chez les deux, au niveau des non-dit, des signes, des signaux, c’est lumineux, c’est clair c’est excitant et émouvant, je suis très heureux, je me sens paradoxalement libre et à l’aise maintenant que les choses sont faites, je sais que malgré ma situation je vais devoir la guider mais je la sens intérieurement très construite, on va pouvoir se parler et je le lui dis ; elle comprend à la perfection l’échange que nous opérons, elle dégage son pouvoir et moi je me dégage de mes contraintes et violences, tout rapport homme femme est sexuel mais en ce moment j’ai l’impression de voler plus haut, je me remets à elle, elle me prend en charge de pouvoir, le principe ancien, meilleur que le confessionnal et la psychanalyse mais il faut avoir trouvé la fille qui sait et ose le faire, celle à qui ça apporte aussi quelque chose, on entre dans le concret, elle exige pour me libérer que je lui dise la formule nécessaire, irrévocable (elles ont appris à se méfier de nous), pas question de rêver je réalise que je ne partirai pas de cet endroit sans la lui avoir dite (mais est-ce que je la connais ?), je crois savoir ce que c’est mais je résiste encore, pour le plaisir et aussi sous l’emprise d’une invraisemblable et stupide timidité, pourtant au stade où nous en sommes je devrais en être débarrassé mais il y a toujours cette crainte des hommes de ne pas être acceptés et c’est d’ailleurs ce qui m’a fait foncer ; “c’est incroyable comme la chimie fonctionne” dit-elle, retrouvant sans le savoir le discours des “Affinités” et celui plus moderne de la chimie sexuelle, il me serait difficile de lui dire le contraire, elle m’a donné des signes et je l’ai guidée vers cette relation présente, que veut-elle ? serai-je capable de lui réciter cette formule ? pas évident
je suis un apprenti sourcier, je découvre de l’eau féminine et pleurant je ne puis boire…
je suis un apprenti sourcier, je découvre de l’eau féminine et pleurant je ne puis boire… malgré les apparences le maître c’est moi, du moins pour le moment, je ne puis me défaire de cet aspect il faut que la jeune déesse s’anime, je vois tellement bien ses énergies - je dois lui montrer le chemin mais soudainement j’hésite, mes savoirs vacillent, je ne sais plus rien, avec un bruit de succion obscène mon esprit se vide, il va falloir jouer nu, sans aspects, sans trucs, mon cœur es-tu prêt ? et toi mon corps ? je n’en sais foutre rien, une part de moi reste émerveillée par la chasteté de cette relation, l’autre tente de retrouver le fil rouge, elle lit en moi à livre ouvert et je m’étonne : cette fille ne peut pas avoir beaucoup d’expérience, trop jeune, dans une telle cérémonie de mise en question comment fait-elle pour être tellement naturelle, jamais la moindre fausse note ? à ce propos nous parlons depuis quelques minutes mais elle se lève et vient vérifier la solidité de mes liens, ça c’est un bon signe ! “je n’aimerais pas que tu puisses te libérer” me dit-elle, “je ne veux pas que tu partes avant de m’avoir dit ce que tu as à me dire” - “vas-tu me donner une indication” (je suis hypocrite) “non, rien, trouves ou reste ainsi”, je deviens homme sous douce et ferme pression, combien de chances avais-je pour que ça tourne ainsi ? aucune, statistiquement, et pourtant dès que je l’ai vue j’ai l’ai pressenti, la clef de ce moment c’est mon audace (comme un rêve) de se retrouver sans armes devant une fille indienne, c’est un moment de vérité qu’on ne pourra plus gommer, pouvions-nous faire autrement ? pas pour aller vite, impossible, je ne nous imagine pas suivre les allées du conventionnel, nous sommes des âmes pressées et elle ne fait rien d’autre que de me mettre en état d’urgence, le fleuve de lave rouge revient en force, nous sommes deux acteurs, nous avons changé de personnalité et sa voix résonne dans ma tête, “veux-tu me suivre ? - “je le veux !” - “c’est mon premier rituel, tu en as eu d’autres, toi ?” - “beaucoup !” - “je le savais et ça me plaît, tu n’es pas vide, je déteste les hommes vides” - “prends mon expérience… je ne sais que dire”, - “je peux te cravacher longuement maintenant que je te tiens, mais ce sera pour plus tard, tu as à me parler, j’attends encore tes mots, je commence à m’impatienter…” ce sont les choses que nous nous disons, mes mots, juste mes mots, elle communique tellement mieux, je me sens bien, mon antécommunion est enfin venue, elle a pris son temps, je ne m’attendais plus à Elle, le vieux principe quand on cherche on ne trouve rien, normalement dans cette situation la femme prend sexuellement possession de l’homme, elle lui enseigne à jouir comme elle, ici pourtant c’est chaste, on n’a pas encore le temps et on se rencontre quelque part sur le terrain des âmes anciennes, c’est vrai, qu’elle habite un corps si jeune, alors sans importance mon parcours amoureux, elle a annulé mon passé je le sens, ce qui m’attends c’est beaucoup plus qu’une longue masturbation avec éjaculation interdite ou une sévère correction, plus tard l’Indienne aimera m’infliger, ça, je le pressentais je le sens, ce que je veux au fond c’est qu’elle me punisse d’oser la désirer, ça augmentera mon désir, je lui transmets de lourdes connaissances
je l’alourdis mais elle, ne m’a-t-elle pas simplement annulé avec sa jeunesse triomphante ?
je l’alourdis mais elle, ne m’a-t-elle pas simplement annulé avec sa jeunesse triomphante ? nous sommes dans l’essentiel du cœur en fusion, de la rencontre chimique et maintenant, enfin, je puis vous la dire alchymique, je ne suis rien de plus qu’une cornue traversée de courants comme d’ébullitions, la lave est de retour et gicle, je sens monter les mots sacrés, difficile le sacré mais avec son extrême simplicité l’Indienne le rend possible, en arriver là ce n’est qu’avec une fille de cette race que ça peut exister, elle à un parfum de désert un sourire erratique, rares sont en Occident les femmes capables de surgir comme elle l’a fait, j’ai beau me dire que j’ai tout provoqué, orchestré, je dois me rendre à l’évidence, elle seule érige ce monde, Dieu est une femme, mes doutes et mes inhibitions de catho fondent et je lui parle enfin avec les mots nécessaires que vous ne trouverez pas ici (ils y sont mais vous ne savez pas lire, c’est la musique de les dire qui leur donnerait leur sens et cette page n’est pas une partition), et je renais, je reviens, je saisis l’éternel retour, le pouvoir illimité des filles que nous n’avons pas corrompues (celle là était hors d’atteinte), je renais et suis libéré du monde social, la purification est commencée la messe est dite mais le sacrifice est reporté, nous avons à redescendre dans le banal avec nos lampes magiques, celles que nous venons d’allumer en nous, les secrètes, elles vont nous accompagner à chaque instant, du moins nous le pensons, nous vivons avec cette infaillibilité à court terme qui est nôtre car d’ici peu nous allons retomber dans le social, cette reddition, ce miracle, tout ce qui précède ce n’est que la vie en forme de fille qui passe, nous allons nous quitter, elle va revenir, je sais, je ne sais pas, je ne sais plus et je m‘en fous, cette fille ce n’est pas le sexe, c’est pire, c’est une nouvelle source de Jouvence à qui je viens de dévoiler une partie de ses pouvoirs, elle est contente, très contente, je la regarde et une pensée me vient… et si je tentais le diable fiable ? on a dit tellement de mal de lui qu’il ne peut être tout à fait mauvais… si je faisais recours au mal aimé pour qu’il me rende mes vingt ans ? comme à ce crétin de Faustus ? et que vaut mon âme ? j’ai du penser à voix haute car elle rit et me balance une remarque tout à fait imprévue : ”ne fais pas ça, si tu y parviens il te les rendra mais sans moi, je le connais, il est parfaitement capable, au même instant, de m’en coller trente de plus ! tu aurais l’air malin !” nous rions de bon cœur et des mots me viennent, je revois en pensée le dernier texte de Sollers “enveloppement, lucidité, repos et vertige. Soleil nouveau chaque jour, bleu, gris, froid, chaud, pluie, vent, c’est pareil, mais derrière, à chaque instant, la lumière fait signe” et ça me confirme dans ma compréhension du personnage, c’est un poète qui a fait le singe dans le monde de l’édition, j’aime assez cette suite et pour reprendre son geste je dirais “décision-lumière, femme catastrophe donc événementielle, désir mental plus fort chaque jour, à quand la banalité d’une bandaison ? Elle fontaine, moi diffuseur de phéromones, c’est vrai toute la nuit
depuis ce vendredi?13 j’émets des phéromones, elles descendent lentement autour de moi comme les laves du Kilohéha et pour la première fois de ma vie je les vois, même en dormant,
depuis ce vendredi?13 j’émets des phéromones, elles descendent lentement autour de moi comme les laves du Kilohéha et pour la première fois de ma vie je les vois, même en dormant, je suis seul à les voir, c’est parce que je suis trop âgé, quand on est jeune on n’a pas le temps de voir ses fontaines rouges, violettes, dispersées autour de soi, en étages, qui lentement, avec une lenteur d’apocaline retombent autour de soi, on est content, on génère de la vie, du code, sur l’autre texte : “gris et froid et pluie” NON ! c’est l’été intérieur qui va appeler l’autre été qui guette, elle vient de partir, je n’éprouve rien, je sors et je monte dans un bus, à Rive, à destination d’un des attrayants nulle part de la ville, à ma surprise un papillon entre dans le véhicule, fragile, je suis tellement épris de la vie qui m’échoit que je me sens d’emblée responsable de la sienne, personne ne semble le voir, deux stations plus loin il descend, c’est une fille, je le sais, elle papillonne… elle va au Bon Génie s’acheter un chapeau, elle sera déçue, pas spécialement de cette échoppe banale, elle sera déçue, les filles qui s’achètent des chapeaux sont toujours déçues, moi, il me reste l’essentiel, d’une part ce papillon remonte le temps, la tornade est venue avant, ses battements d’aile après, j’ai été touché tellement vite, tellement juste que je me sens bien, je me rends compte de ma chance, nous nous sommes approchés du sacré et le sacré c’est stable, je n’ai plus rien à perdre, le temps est gelé, le temps de ce bonheur est inaltérable, personne ne pourra y toucher, ce m’est acquis il suffit de toucher un peu de sacré on est à son abri, il dure dans le présent, en fait il l’étire, je craignais que cette rencontre ne soit éphémère tant d’obstacles entre nous, le temps et les océans, mais non, j’ai tiré une droite en forme d’amour qui va rester aussi longtemps que ma vie, que nos vies en résonance, et, d’autre part, il y a déjà une absence en forme d’Indienne, elle reviendra, je la sais proche, je suis content d’être captif, ma vie à un sens.
ma vie à un sens.
Genève le 13 mars 2009