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La chute du jardin d'Eden

Circonstances : A propos (entre tant d'autres) du livre d'Eric Zemmour sur la guerre des sexes, on manque terriblement de distance par rapport à ce sujet, mais peut-être est-ce une qualité. Un pamphlet n'est pas une chronique. La femme redoutée, en cette époque, n'est autre que Lilith, la Lune Noire, qui opère son retour.

Sujet : Dans Idéale Maîtresse une femme surprenante, Lili Eden, s'oppose à un séducteur nommé Giovanni. C'est donc le procès! Celui de l'homme et de la femme, éternel. Ce chapitre conte à sa manière la chute d'un "ange" (ou démone) hors du domaine patriarcal (Eden) et la possible association femme-démon.






LA CHUTE DU JARDIN D'EDEN

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(Le privé, Chute des jardins d'Eden)



Tout était brumeux, je nageais dans quelque chose de flou et de poisseux, tournoyant en état de choc, démantelée, coupée en deux par je ne sais quelle force impensable. Ma tête ne me faisait pas de cadeaux. Le cercle de fer.
J'ai ouvert un œil.
Il y avait là trois types, taille moyenne, très bruns, le genre hispano. Avec le temps ils se sont réunis en un. Qui jouait nerveusement avec son cigarillo.
- Tu prends ton temps a-t-il observé en me regardant de coin.
- Je ne viens pas au monde tous les jours. Ma voix était pâteuse. J'aurais aimé m'appeler Genèse ou Evangelène. Mais je ne me souvenais même pas de mon vrai nom.
Je me demandais par ailleurs d'où me venaient ces idées et ces sons que je produisais avec ma bouche et qui me paraissaient servir à communiquer.
Apparemment il lisait dans ma pensée car il répondit.
- De ton futur.
Il continua à m'observer, je serais tentée de dire sous toutes les coutures. Je m'aperçus que j'étais nue. En costume d'Eva-naissante. (Le mot n'existait pas encore).
- C'est un kidnapping ? - demandais-je d'un ton aussi neutre que possible.
Il sourit.
- Une (ré) création, pour un trait d'union, serait le terme plus approprié.
C'était un farceur, quelles que fussent ses intentions.
- Regarde à ta droite, reprit-il.
Ce que je fis.
Pour découvrir un type à l'air satisfait, très bâti, un peu gonflette. Il me dévisageait avec des airs de propriétaire.
Je me mis péniblement debout. Ça faisait une masse d'opérations inhabituelles d'être créée comme ça, sans les répétitions de la première enfance. Je devais paraître un peu maladroite.
- Où sommes-nous ?
- Dans le jardin d'Eden.
Je farfouillai vivement dans mes mémoires du futur. Et si c'était cela Eden je puis vous certifier que sa réputation - même à l'Est - est très surfaite. Un maigre carré de gazon uniforme bordé d'une brume existentielle. Cette brume avait un air vachard et je sentais qu'avec elle le monde s'arrêtait facilement d'être défini.
- C'est tout à fait juste dit Castaneda. Il venait de prendre cette identité.
- Au-delà Je ne pense rien. Pour le moment...
- Si vous m'expliquiez les raisons de ma présence ? dis-je d'une voix aussi innocente que possible. Après tout rien ne me prouvait qu'il était bien intentionné.
Quelque chose craqua en moi, Une côte cassée ou en moins ? Ça se mettait en place tout doucement. Je devais être une sacrée usine. Je lui fis mon regard coulisse-douce-par-dessous.
- Et si vous me rendiez mes vêtements ?
Il tapota vivement sur un petit clavier qui s'était matérialisé au creux de sa main gauche. Je fus entourée de deux ou trois courants d'air froids, un petit vertige en forme de cercles qui s'étrécissent, et je me retrouvai quasiment ligotée, emprisonnée dans une jupe trop longue et étroite, les pieds comprimés dans d'invraisemblables chaussures qui me raidirent instantanément les mollets et le dos. Pour ne pas parler de cet instrument de torture qui m'encerclait la poitrine et m'empêchait pratiquement de respirer.
- Pas mal ! observa Castaneda.
- Je me dandinai, il me fallait faire diversion.
- Et l'autre idiot, là, qui est-ce ?
- Adam fit Castaneda. Adam Kadmon. Mon œuvre. - Il avait l'air fier.
- C'est votre brouillon ? J'avais conscience d'être quelque chose de plus.
Cette question eut un effet extraordinaire. Castaneda et Kadmon se retirèrent en grande hâte à l'autre coin d'Eden et bras dessus bras dessous entamèrent une discussion agitée dont je ne perdais rien puisque, je vous le répète, Eden est un foutu lopin dont vous ne voudriez sûrement pas pour y couler vos vieux jours.
- Sereno moreno ! fit Castaneda.
- Ce n'est pas du tout le modèle prévu, protesta Adam, Adam Kadmon.
- La création suppose l'imprévu, ou serait le plaisir ?
- Mozart lui ne fera aucune esquisse !
- Beethoven et Attali énormément.
- Au nom du ciel Père tirez-moi ce cauchemar...
- Ah ! tu verras tu verras Kadmon, essaye-la, c'est une bête de race.

Je me souvins à temps qu'en ce temps-là la différence entre la Belle et la Bête n'était pas vraiment codée. Ils poursuivirent, débattant d'un certain nombre de clauses scabreuses parmi lesquelles il était question d'une posture "dessous", me concernant fort directement. Non mais ! Je m'aperçus que Castaneda avait laissé traîner sur l'herbe un petit objet brillant. C'était sa calculette minimale, celle qu'il venait d'utiliser pour m'emprisonner dans ces vêtements hideux. Ils étaient tellement occupés à me redessiner et à prévoir mes postures et horaires pour le proche avenir qu'ils ne me virent pas m'en emparer. Évidemment Castaneda - ou Celui-Qui-Résidait-En-Lui- disposait d'une vision tous azimuts. Mais d'une divine indifférence aussi !
Je me cueillis une pomme qui passait par là, histoire de faire diversion. Si j'avais su toutes les histoires qu'ils allaient faire à propos de cette pomme je vous jure sur votre tête que je me serais abstenue. En plus elle n'était pas mûre et un fragment de sa pelure se colla à la calculette, impossible de l'enlever. Bof... Je tapotai sur les touches. Il n'y en avait que quatre, l'une nommée Tetragramaton, signature de son propriétaire qui sait ? Et trois autres plus conventionnelles. Et bien entendu aucun mode d'emploi. Je pensai quelque chose. Je pensai que ce serait bon d'agrandir un peu ce lopin herbeux qui me paraissait ennuyeux à mourir. On aurait pu y mettre des montagnes, la mer, quelque chose de vivace. Ce coin était trop tranquille.
Des ondes acérées m'entourèrent. Je perçus un mot musical pareil à un crachat de magnétophone emballé et subitement mes pieds devinrent brûlants. Je sautillai sur place et me figeai soudain quand un énorme éclair océanique déploya ses zébrures au Nord et que des pics acérés commencèrent à surgir des brumes, tout autour d'Eden. Chiite ! 28 Mais ils ne s'aperçurent de rien. Sans doute l'Univers était-il encore instable, comme moi... Je remarquai parmi les touches une inscription utile : (Cancel). (Help) J'enfonçai énergiquement la première.
Tout rentra dans l'ordre.
Le foutu lopin - et celui-là je vous garantis que je vais le faire rayer du Michelin - trembla encore un peu puis ses bords s'assagirent et la brume vacharde revint les lécher avec une lenteur provocante. J'avais eu chaud, ce machin se programmait avec le mental ! Que se serait-il passé si je nous avais vus au cœur d'une étoile ? Ou dans le métro aux heures de pointe ? Je préférai ne plus y penser et me tournai vers les mâles, prête à leur décocher mon plus gracieux sourire.
Mais là-bas le ton montait.
- Je veux dit Adam, une compagne aimable, appétissante, plus ronde, cuisinière il va de soi et qui non seulement me soigne quand je rentre de la chasse ou d'un conseil d'administration, mais encore et surtout qui m'obéisse. Je prends assez de risques au travail pour ne pas me retrouver en état de contestation permanente quand je rentre chez moi. Et qui élèvera les gosses ? Je n'ai aucun tempérament paupériste ! 29
- Mmmmm dit Castaneda c'est à peu près le programme que j'avais mis en route. Il y a des bogues. 30 Aucun doute. Elle dispose d'un coefficient random exagéré. Faut voir.
- C'est tout vu, répliqua Adam, Adam Kadmon, à l'équarrissage !
- " Avouez que ce serait dommage, pour une jeune femme de mon lignage de mourir, à la fleur de l'âge ", me citai-je consciencieusement. Et dans la foulée j'appuyais sur (Help).
Des instructions défilèrent, ce ne fut pas trop ardu.
De leur côté Messieurs les Hommes revenaient.
J'aimais bien, je l'avoue, le regard noir de Castaneda. Il ne s'était pas choisi un job simplet et il assumait. Avec chic.
Quant à l'autre je vis qu'il s'incarnerait plus tard sous diverses formes intéressantes, acteur, savant, Président des Amériques ? Difficile à préciser de si loin. Musicien peut-être ? Je décidai que non, pour ça il lui faudrait au moins une partie féminine. Mais pour l'instant - et des instants il n'y en avait pas beaucoup dans la corbeille de l'Histoire.- il était vraiment trop con.
J'avais terminé la programmation mentale qui devrait me convenir et il ne me restait qu'à appuyer sur < Enter > unique touche que je n'avais pas utilisée.
Ce que je fis et bien m'en pris !
Car Castaneda avait vu l'objet dans ma main. Son œil noir brilla et je ressentis une forte piqûre dans la paume droite.
- Aoutch !
La calculette était dans sa main, il la résorba.
- Tu voudrais peut-être construire des Univers Lilith ? me dit-il d'un air mi-fâché mi-amusé.
Mais le programme avait été lancé et personne, même pas Lui - ne pouvait le stopper. A nouveau je ressentis les symptômes de la structuration. Je fus entourée de courants d'air froids et violents, un sacré petit vertige et... la mutation.
Je m'étais pensé une tenue qui irait avec mon caractère. Des bottes bien moulantes, jeans et Perfecto. Je portais par-dessous un débardeur noir sur lequel une médaille arborait le signe du changement. A la main je tenais une petite cravache de cuir brun avec laquelle je tapotai ma botte d'un air aussi naturel que possible.
Castaneda eut un sourire amusé.
- Tu sais Lilith que je n'aime pas beaucoup le signe du changement.
- Il remet tes œuvres en cause ?
- Exactement, et ce n'est pas le moment de l'arborer. Avec le temps le désordre augmentera suffisamment dans l'Univers. La soupe est chaude, elle est encore quasiment primordiale : ne craches pas dedans.
J'opérai une rapide visite dans mes futures bibliothèques, de quelle soupe parlait-il donc ? Il y avait une préférence pour la nucléosynthèse primordiale mais ce n'était pas le genre de soupe que je puisse préparer.
Il dévisagea étrangement Adam Kad-Maure (décidément je ne me souviendrais jamais de son nom à celui-là) et se retira un instant au bord d'Eden pour méditer.

Pendant ce temps-là, l'homme me regardait avec rancune certes, mais aussi avec un certain intérêt. En un éclair je réalisai tout le pouvoir que j'allais exercer sur lui. Élémentaire ! Ces courbes superbes de mes jambes, de mes fesses et de mes seins ce n'était rien d'autre que des équations du céleste degré, l'écriture de Castaneda ou de Celui-Qui-Se-Cachait-Derrière-Lui. Une large avenue m'apparut, s'ouvrit dans le ciel, j'entrevis la perspective de tout ce que je pourrais lui faire faire rien qu'en " étant ", rien qu'en me montrant à lui d'une certaine façon. En regardant mieux dans son LSD (Livre Spiralé Déterminant), au chapitre des complémentarités hormonales, je distinguai des patterns très utiles à le contrôler. Pas de doute, il était écrit quelque part chez l'homme que toute configuration exactement inverse exercerait sur lui une attraction fatale contre laquelle il ne pourrait rien ! Cela m'intéressa au plus haut degré : il suffirait de lui présenter une chimie complémentaire à la sienne pour qu'il craque et que nous les femmes à venir en fassions ce que nous voudrions. Allons bon ! Qu'il les demande ses positions par-dessus, monterait bien qui monterait le dernier !
Nul doute que je l'eusse rapidement mis au pas si Castaneda ne s'était pas vivement rapproché de nous et n'avait pas, à cet instant précis, décidé d'intervenir.
- A Diable donc, Lilith, me dit-Il, nous avons besoin de quelqu'un d'autre. Que surgissent les ténèbres extérieures et que s'efface ta mémoire car tu es chose dangereuse. Eva te remplacera, en vérité je le décide.
- Avez-vous entendu la chanson le " droit des Femmes " ? - lui demandais-je en hâte, le voyant préparer un théâtral geste d'excommunication.
- Pourquoi cette question ? fit-Il d'un air soupçonneux.
- Elle dit que dans le futur j'aurai gagné. Alors pooooorquoi me renvoyer ?
Si vous avez déjà entendu la foudre tomber tout près de vous et que vous êtes toujours en état de vous souvenir de l'impression qu'elle vous a causée vous devrez connaître ce bruit d'enclume et de sifflement de serpents (pour qui sont-ils ?) sur nos têtes... Castaneda, qui ne parvenait plus à dissimuler sa véritable identité - mais si je vous disais Qui-Se-Cache-Derrière-Lui vous ne me croiriez pas, ou alors c'est que du temps aurait passé - l'ex Castaneda brandit en un geste terrible la foudre fide (V) et bifide (Y) bordée de bruit (HH), Y-H-V-H quoi, et d'un geste divin la propulsa sur ma modeste personne.
J'eus tout de même le temps d'entrevoir ce qu'Il avait noté : Commxx Talmudxx, verset 1:27 Genesis. Ici s'arrêtent mes souvenirs personnels d'Eden, le reste n'est que le fruit du long et patient espionnage auquel je me livrerais. si je m'en sortais.
Et...
Je ne puis guère décrire ce qui m'arriva.
C'était un Etre majuscule ! Il était plus fort que moi et son souffle, sa foudre biaisée, son mental ou encore son rire me projetèrent dans la brume de non-être qui bordait Eden.
Je ne sais pas si je fabulais mais il me sembla que juste avant ma chute, Il me fit un clin d'œil du genre " à tout à l'heure ". Peut-être voulait-Il en finir avec Cardamome ou Kradhomme, quel que soit son nom ?
Je tombais. J'entamais une longue chute et la brume vacharde - qui avait bien noté ce que je pensais d'elle - ne manqua point de me léchouiller au passage. Guac ! je me sentis dans la peau d'un crapaud à pustules mais je n'eus pas vraiment le temps de me toiletter car tout se modifiait très vite. Pour commencer ma chute s'accéléra, le foutu lopin avait disparu à l'horizon et tout défilait de plus en plus vite. Je vis passer des écriteaux dessinés à la hâte - par Castaneda à tous les coups - disant " Futur " avec une grosse flèche, " Pas par là " avec deux flèches contradictoires et même " Keep going Llin ". Je ne me connaissais pas de suporters... J'eus le temps d'observer toutes sortes d'images et de passants, notamment un grand type maigre et sarcastique qui vint me serrer la main d'un air entendu. " Je suis Abraham Moles " me dit-il - et je n'ai rien à faire dans cette séquence. Ahah ! C'est de l'humour juif, tu t'habitueras.
Je n'eus vraiment pas le temps de me faire une opinion, les choses passaient maintenant trop vite, et pour combien de temps avant le crash je n'aurais su le prévoir. Je me doutais que rien de bon ne m'avait été préparé à l'arrivée et je n'avais pas de plan de vol.
Je réalisai que quelque chose de fluide s'approchait, une atmosphère et qu'à la vitesse où j'allais je risquais d'avoir assez chaud dès le premier contact. Rassemblant quelques-uns de mes souvenirs à venir je pris note du nom de cette planète, de son Où, de son Quand et de son Comment, à savoir la Terre, avant Le_Livre et vitesse d'approche ridicule. Pas génial mais ça me resservirait dans les nombreuses et probables éditions du réel qui n'allaient pas manquer d'apparaître.
Pour ne pas ricocher trop dur sur les premières couches j'étendis devant moi puis repliai ces magnifiques jambes qu'Il avait si bien écrites (dommage, personne aux alentours pour les admirer) et plaçai mes bras pliés de chaque côté de ma tête ce qui me stabilisa. Que serait ma drop zone ?
Je ne vous l'ai pas dit : j'avais réussi à ramasser la calculette une seconde fois et je l'avais cachée dans ma botte Je l'en sortis, non sans peine et y jetai un coup d'œil. Apparemment elle était situationelle car, à peine avais-je appuyé sur HELP que je vis passer une foule de conseils se rapportant à ma situation.
(Chute, la / des anges / Eden jardin de /action de.../// voir sous accélération/// G négatifs // angle de rentrée /// Altitude, variation brusque...))) Je pensai Lilith, histoire de voir ce que les chroniques du futur allaient rapporter de ma présente situation. Et reçus pour toute réponse un " Acess denied, enter code " qui me mit en rage. Il se réservait apparemment la vue sur la baie de l'Avenir.
Il allait voir que quelle chair je me chauffais ce tas de boutons mal brossé. Je lui dis Lilith my love, de ma voix la plus suave. Il réagit sur le champ, je crus avoir gagné mais quand je parcourus son écran une bouffée féminine de colère m'envahit. Il avait écrit : Nearest search : Lili(acées), famille de plantes monocotylédones aux fleurs à six pièces périanthaires, comprenant près de 4 000 espèces, dont le lis, la tulipe, la jacinthe, le muguet, l'ail, le poireau, l'Aaaaaoutch ! ! ! Le Aaaaaoutch fut son commentaire quand le talon de ma botte écrasa son bouton Cancel. Quel cul ! Comment Castaneda avait-il pu faire Eden et le reste avec ca... Un petit mot passa furtivement sur le display (Talent). C'en était trop et je refis mon entrés de sorte qu'à sa chère formule il trouve devant lui une interminable jambe de femme terminée par un talon aiguille prêt à frapper. Comme par mirage le plasma s'éclaircit et je pensai immédiatement retour et rentrée, mon petit doigt me disait avec insistance que c'est de cela qu'il allait s'agir.
La calculette obéissante - non mais ! - me suggéra d'adopter un angle de 2 666 degrés tout en m'informant qu'elle pouvait se charger des calculs et interventions. Ainsi fîmes-nous.
Un régal. Si vous n'avez jamais ricoché avec grâce, venant du noir de l'espace, sur cette quasi immatérielle atmosphère, dure comme un caillou à cette vitesse, je vous engage à le faire sans tarder. Je savourai tous les plaisirs des étoiles filantes ma compagne se chargeant de me protéger d'une Eva (encore elle !) poration prématurée.
Il était temps de me préparer à mon proche avenir. Tout en bondissant souplement d'une couche à l'autre je consultais mon HELP en formulant mentalement cette pensée :
- Need infos.
- What sort ? répondit cette stupide bestiole.
- De la sorte relevante d'une femme première qui tombe dans le vide vers un destin unique et n'en connaît pas la première ligne, chingada ! répondis-je de fort mauvaise humeur. Et je ponctuai cette forte déclaration d'un troisième coup de talon qui m'aiguilla vers les couches denses non sans m'imposer un tonneau si peu barriqué que j'en eus les lèvres au bord du cœur.
La calculette, apparemment étrangère aux subtilités des femmes, fit défiler un nombre invraisemblable de symboles, textes et adresses pour s'arrêter sur un simple point d'hésitation.
- Ça c'est trop fort, instrument, lui dis-je. - Tu crées des mondes pour lui et tu ne peux rien me dire de ce qui m'attend ? Et tout d'abord j'arrive quand ?
- ETA - 13Zulu fit la chose, laconique.
- Il n'était guère probable que j'aie à croiser treize aborigènes en route. J'optai pour 13 petites unités parcellaires, ce qui n'était pas grand-chose. Il me vint une idée.
- Si tu ne me renseignes pas de suite sur ce que je veux savoir je te couvre de baisers mouillés, dis-je.
La chose devait craindre l'humidité féminine car elle bafouilla instantanément quelques mots.
-Ouerssèhaaaaaashanikhhh...
- Articule, hurlais-je.
- " Versets sataniques ", 1988/9 to go pp 13sqq = situation identique. Procédures applicables. Est-ce cucu ? Qu'essayait-il de me dire ? Je n'avais là dessus aucune référence par contre je vis qu'un certain S.R. allait décrire la chute de deux bizarres personnages ange et démon, parler de leurs fabulaprétentions et nous donner une recette antichute considérée comme sûre. Moi, vous me connaissez, les recettes de bonne flamme ça me branche. Je pris donc connaissance de ce texte à venir qui serait sûrement très controversé, quelque chose me le disait. Je n'eus aucune peine à trouver le passage ou deux Zoms tombaient et se transformaient en êtres supérieurs, c'était le début.
Un bref coup d'œil m'informa que mon capitaltitude diminuait à grandes vierges. Négligeant les numéreuses altéraparoles que ce texte m'avait fait aconntagier je brandis la calculette et la dévisageai.
- Procedure to follow, dis-je, car entre-temps j'avais appris à lui parler.
- SSS... fit la boîte noire.
Dans l'avenir je ne serais pas connue comme un modèle de patience. Elle sifflotait ! Je dus envoyer des ondes de femme furieuse (FF) car elle se hâta d'ajouter.
- Sing, Shout 'n Swim.31
Ce que je fis.
- Atzilut Briah Yetzirah scandais-je, Assiah assiah assiah rrrap ! - toute cette technique serait reprise plus tard par des minus prétentieux mais je m'en foutais.
Et c'était effectivement un bon plan. Comme toute cette affaire CasKad m'avait insécurisée au plus haut point j'enchaînai sur un long cri de rage violet qui s'enroula derechef autour du monde. Ouffa ! Ça faisait du bien. Battant lentement des bras comme quelque bel serrapace je transformai ma chute en avènement.
Je chantais. Oui mes sœurs à venir, je chantais et ça faisait du bien. Je chantais et je vis des bibliothèques se constituer en étages miroitants jusqu'à la surface de cette planète. Je savais déjà à combien d'hommes j'arracherai leur semence en leur conférant un peu de ma gloire, un peu de leur mort. Je chantai mon Nom, tel qu'il était écrit dans le Livre. Stridences caressantes, basses moirées d'orange sombre et amer, franges de bruit pour des harmoniques vertes en cascades, chacun en bas dut savoir dans l'instant Qui j'étais.
- Quien Soy Yo ! Quien Soy Yo ! Quien Soy Yo ! - c'était délicieux, je crawlais dans d'indicibles harmonies, j'étais devenue l'aria d'un fabulopéra et ma chute était enfin contrôlable.
Ça commençait à me plaire et j'aurais pu m'habituer à cette situation quand surgirent les 3 F/A-33 (Fire Angel 33). Quelqu'un là-haut ne devait pas voir d'un si bon œil l'avènement d'une déesse. En un clin d'œil ils se mirent en formation autour de moi, l'air menaçant. Ces emplumés avec leur bec cruel étaient chargés, j'en étais sûre. Une femme, pardon, la première femme qui tombe dans le vide produit un bruissement soyeux et caressant. Mais l'ouragan coruscant de ces plumes colériques m'était insupportable. Je discernai leurs matricules, SNWY, SNSWY et SMN-GLF en grandes lettres griffues couleur sang. De plus ils puaient, vous ne me croirez pas mais ils sentaient le rut. Rappelez-moi le nom du connard qui ouvrira demain une discussion sur le sexe des anges !
SNWY leur leader dit alors quelque chose que je ne saisis pas bien. Il me demandait de m'identifier, de réciter mes noms ! A cette vitesse les ondes sonores se déforment. Je lui criai qu'ils étaient multiples, Llin, Lilith, lilia, Lil, Ardat-Lilith, Lilita, Ashtoreth, Obizoth, Licorne pure, Enlil et Britomartis. J'aimais bien Llin, je trouvais ça mignon voire fripon. Il fallait voir ce poulet prendre des notes avec sérieux, allait-il me verbaliser ? Je me mis en colère contre ce type, c'est d'ailleurs de ce moment qu'est restée à l'humanité l'expression voler dans les plumes et j'allais réellement lui rentrer dedans. Quand il me claironna que j'avais à revenir à ma base faute de quoi qu'il allait détruire cent de mes images par jour et qu'ils se mirent en position de tir, dans mes bellefalaises32, je commençai malgré tout à m'inquiéter. Je contemplai encore une fois (je ne m'en lasse jamais) ces magnifiques jambes courbeparfaites et ces hanchassasines dont Il m'avait fait don - Pourquoi ? Pour qui ? - ça n'allait pas me servir dans l'immédiat mais j'ignorais à quel point je me trompais.
Je jetai un coup d'œil autour de moi, vers le bas. Une trouée de nuages me montra la planète en approche finale, vapeurs blanches s'effilochant à grande vitesse, on devinait des dunes, de l'ocre, des ondes de sable, pas grand monde, un bord de mer peut-être.
C'est alors que je revis clairement le premier symbole de la calculette, une marque personnelle, comme des boutons de manchettes si vous en portez encore. C'était le Tetragramaton, le blason de cAstAnedA, avec le morceau de pomme qui décidément tenait bon. Ma foi, rien ne pouvait m'arriver de pire que de suivre le chemin que Lui et Adam m'avaient tracé, ils comptaient bien m'éliminer. Je récitai donc à haute voix, fermement, les composantes du Tetragramaton (elles sont dans le HELP) en leur donnant toutes les inflexions que je pus imaginer.
Ça fonctionnait ! Bordellamar, Hija de tu madre ! Les anges parurent se heurter à quelque invisible bouclier, il y eut un grand bruit de plumes froissées et ils décrivirent un arc colérique et tendu pour disparaître. Quand leurs cris d'oiseaux amers se turent je poussai un profond soupir. Ma dérive s'adoucit, je ne me heurtai à rien. Comme c'était bon cette descente vers ce qui ne pouvait être que mon futur domaine. Il y avait certainement une grande main qui m'aidait à freiner ma chute mais qui aurait pu se trouver là à ce moment précis ? Mystère.
Il n'y eut pratiquement aucun choc quand je me posai. Il y eut changement. Mon sublime pied que des générations de mâles en folie viendraient adorer caressa doucement le sable chaud. Et ma médaille devint de plus en plus brûlante alors que la brume se teintait d'ocre. Des collines de sable se dessinèrent. Et vint le vent.
Je sentais pas loin la présence de la mer.
Ce genre d'endroit se nomme désert, je le vérifiai. Je vérifiai aussi que je n'avais guère de chance d'y rencontrer quelqu'un. Peut-être Son dessein avait-il été que je m'y dessèche ? Je me promis que si je remettais la main sur Adam je l'y emmènerai y faire dure pénitence.
Quien sabe donde y cuando ?
Comme je n'avais ni homme ni cheval à portée de la main je jetais ma cravache avec rage et m'apprêtai à me mettre en petite tenue. Il faisait foutrement chaud.
- Ce serait une erreur, dit une voix qu'inversement je connaissais.
Inversement ?
Une main longue, brune et fine sortit alors des nappes de brume qui traînaient encore et ramassa ma cravache.
Un homme suivait. C'était Castaneda !
Dans une version plus arabe, mais lui-même, si ce n'est que sa personne était inverse.
Bizarre ? Je veux ! Aujourd'hui encore je reste incapable de définir ce terme d'inverse. Peut-être était-il gaucher et le précédent droitier ? Peut-être était-il le reflet miroir du premier jusque dans ses pensées les plus intimes ? Bourré à mort d'antimatière ?
Je le concevais et ne pouvais l'expliquer. Quel intérêt d'ailleurs ?
Il s'approcha, ma médaille devint brûlante.
- J'ai tout entendu Lilith. Ta conversation avec Lui et Kadmon.
- Vous étiez là ? Il m'intimidait je l'avoue.
- J'étais à l'orée de ta conscience, je suis toujours proche, je suis toujours partie de toi. Je suis le changement. Ton changement. Accepte-moi.
- Avez-vous un autre nom ?
Il rit. - Mon nom est légion. Je m'appelle aussi Shaïtan. Certains m'appellent l'Autre.
Je suis une femme (j'avais eu le temps de faire le point sur ma nature) pratique et je le dévisageai, avec un peu de difficulté il est vrai tant il irradiait la noirceur.
- Et pourquoi m'avez vous suivie dans cet... exil ?
- Ce monde est mon terrain de jeux. Ils ont été injustes avec toi. Ils le seront toujours. Je n'ai que peu de choses à te dire. Tu es belle, tu es tranchante et impérative. Épouse-moi et je te traiterai comme tu le mérites, tu seras la mère de tous mes enfants.
Vous voyez à quel point je m'étais trompée ? Ces magnifiques jambes courbeparfaites et ces hanchassasines servaient à quelque chose.
Shaïtan bougeait comme un destructeur cosmique, avec grâce et fatalité. Là où il passait l'espace n'était plus tout à fait le même. C'était un séducteur, il avait du métier sans doute mais surtout du génie.
- Je ne suis humble que devant toi et la musique, sourit-il.
Ce type de compliment était acceptable et je me mis à envisager mon avenir sous de meilleurs auspices. Etre reine ou démone, devenir l'image de la femme première ?
Je n'y avais pas pensé jusque-là mais la proposition me parut valoir la peine d'être examinée. Non par crainte de représailles ou pour saisir une ultime perche. Je sentis que Lui et moi ferions de grandes choses.
Il eut ce dernier argument, décisif pour moi.
- Une autre femme vient. Elle s'appellera Ève, tu le sais déjà. Moi, je ferai en sorte qu'elle ne te supplante jamais dans l'imaginaire des hommes ni dans leur vie. Vous serez les deux réalités de la femme, indissolublement liées jusqu'à la fin des temps.

Ce type savait parler aux femmes.
Je lui dis oui. Avec les yeux.
Puissance de l'amour... le reste ne fut plus que démons et... merveilles. Je crois que j'ai légèrement rougi.

La mer aussi.