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Beaucoup de ceux qui connaissent Jean-Luc Godard pensent que l’homme à la caméra stylo est fou. Peut-être… Mais fou dans quel genre ? Par métissage, dirais-je. Celui de sa culture helvète et protestante avec le monde du cinéma, d’une immense passion intérieure avec un physique plutôt ingrat mais que l’on aura fini par assimiler, du Suisse francisé ou de l’Helvète marquant l’Hexagone ; celui du visionnaire obligé de parler le langage des financiers de la production cinématographique, du poète qui n’aura pas le temps aussi… J’ai pu constater une autre chose quant à la soi-disant folie de Godard : il déconcerte, il a de l’humour, de l’à-propos, il sait très bien rebondir. Mais ce qui gêne fondamentalement les gens chez lui c’est la désynchronisation de sa bande son. Jean-Luc Godard n’a jamais interrompu le monologue intérieur commencé quelque part dans son enfance, il pense à haute voix la plupart du temps mais il ne prend jamais la peine de changer de niveau, de remonter là où vous et moi échangeons des formules convenues. Ses films ne sont que la transcription de son journal de bord et celui-ci est ininterrompu, pour sa vie. Se tromper de scène avec lui est facile. Même de rôle, de film et de plateau. Si Rimbaud avait été vieux et suisse il aurait peut-être ressemblé à Godard l’admirable dont les films sont devenus probablement un peu barbants mais qui fut, comme dit René Char, « bon prophète ».