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      Big Fish goes home

Et je les vis.

Ils étaient tous venus. Ils ne se dérangeaient jamais pour des occasions mineures, c’était la seconde fois qu’ils se rassemblaient. Je n’en conçus nulle appréhension. Il y a les pères qui retrouvent leurs enfants. Il y a aussi les personnages qui viennent retrouver leur créateur. Ils étaient tous là, n’en manquait pas un, comme chez Cornélius, et Laquedeem les annonçait avec un zeste de pompe. C’était la ronde finale, comme chez Fellini, dans son 8 1/2. Et chez Woody Allen qui l’avait si joliment mis en scène dans Deconstructing Harry, sans oublier Tim Burton, qui venait de reprendre cette grande tradition.
Il y avait, sans hiérarchie, les caractères les plus divers nés de l’écume de ma plume et de mes jours, je ne tardai point à me sentir à l’aise. J’avais vécu cette scène à New York, dans la 42e rue, avec Oriane, quand le mur avait craché son incroyable défilé de souvenirs. Mais cette fois c’était sur une musique doucement tonale, des arpèges animiques.

Je vis Oriane, belle et pensive qui s’entretenait avec une Kali réconciliée. Il y avait Anthelme l’homme évolution qui avait éteint, le temps d’un rêve, la violence américaine. Et même NORA, qui avait si bien réussi la grande transition vers notre brouillone espèce. Je saluai Josefina la belle Mexicaine conquérante et Alma la naïve, les échos d’un théâtre les enveloppèrent un instant. Il y avait même Dagmar, Barbara et les Furieuses qui m’avaient tant fait courir. Je fis un clin d’œil à Tsorne qui se tenait très droite, toujours en bottes, en grande conversation avec Jean d’Ormesson, lequel avait trouvé une nouvelle vie dans mes livres. J’échangeais deux mots avec la plus grande et la plus perverse des Furieuses, Salomé, Celle-qui-voit-dans-le-noir