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Sauve qui peut la femme

(extraits pris au hasard)

 

La génialité masculine contestée


- ET C’EST ? insista la Mexicaine dont la main glissait insensiblement vers son sac (je n’ai jamais su ce qu’il y avait dedans).
- La génialité, déclarai-je. La génialité est typiquement masculine, C’est une attitude mentale très spermato. Une discontinuité d’être qui autorise de fulgurantes intuitions. La femme est trop basique, trop continue, elle manque notablement de ces échappées erratiques qui seules mènent au génial sous les traits de l’improbable. Elle peut se montrer plus intelligente que nous et réussir dans la plupart des domaines. Mais la génialité nous appartient. C’est peut-être un défaut mais c’est un bon défaut.
J’étais sur le point de mentionner de notables exceptions, comme cette extrême Lou Salomé mais un frisson de pure terreur m’en dissuada. Si la belle, au lieu de partir en guerre contre le stupide carburateur que j’étais, m’avait demandé avec simplicité ce que j’entendais par génialité la chose en serait resté là ! Car, de vous à moi, je n’ai aucune idée précise de ce qui se cache derrière ce terme.

Schopenhauer est un vieux con…

Il y avait malgré tout deux faits troublants : ce livre était paru chez M. Babel et Schopenhauer était entré en relations amoureuses avec une femme de ménage. Je m’endormis, me disant qu’un homme qui avait eu des relations avec sa femme de ménage ne pouvait pas être tout à fait con. Surtout quand elle s’appelle Aline. Et justement, ça n’était pas tombé loin.

Lord Byron vous le confirmera.

 

Jean d’O, la mort, et moi

Au chapitre « mort » il semble bien que le d’Ormesson que j’évoque ici s’en soit allé. Aimer c’est aussi savoir rejeter. Je ne sais pas si j’ai beaucoup aimé C’était bien. Pas comme les autres. J’ai aimé le titre. J’en attendais plus. J’ai aimé le style et la technique, beaucoup de gemmes éparses.
Voyez comme on danse a été publié aux alentours du 11 septembre 2001. L’événement a balayé la plupart des œuvres de l’automne et c’était bien. L’histoire se déroulait sous nos yeux dans une pure violence, le reste ne comptait pas. Au niveau de la littérature d’autres modifications profondes intervenaient. Il y avait, quelque temps auparavant, le départ de Pivot. Je me souviens très bien de l’émission solo qu’il avait consacrée à d’Ormesson à propos du Rapport. Pivot aimait la présence de l’homme et il contribuait au design de ce personnage médiatique aimé des Français. Que se passe-t-il après ? Une bien mauvaise émission de Campus où l’écrivain semble perdre ses repères. Et deux ans de silence. Il n’était pas au centre de mes préoccupations mais je restais en attente du prochain livre. Il m’honora, en réponse à une lettre assez sotte où je me plaignais du départ de Marie et de ses imprudences médiatiques, d’un petit commentaire manuscrit et oblique, courtois, avec deux mots du livre à venir.

 

Chez Paracelse

Nous étions dans une pièce basse de plafond, éclairée par cet âtre auquel nous venions miraculeusement d’échapper et il y avait deux hommes qui se faisaient face. Un vieux con et un petit con. Je caressais un instant l’idée que l’un se nommait Paul Wolfowitch (né Frankenstein) et l’autre Georges W. Comme ça j’aurais fait d’une pierre deux cons. Mais ce genre de schmiels ne voyage pas dans le temps. Je toussotai discrètement pour signaler notre présence.

{…}

Philippus, Aureolus, Theophrastus Bombast von Hohenheim, lui, ne broncha pas. Normal, il avait passé son enfance à Einsiedeln, chez les Swisstotos, ca marque son homme. On se salua.
- C’est cool chez toi, remarquai-je avec cette profonde originalité que vous me savez.
- Zè zeulement deux bièzes en zouzole, me dit-il affablement. Nicht gross abère gomfortaple, unt’ beaucoup de blaze fur meine Halambiiiiks ! Guèce gui t’amène in meine maudhest’ demheure ? Unt’ gui est zette zubairbe zorcière qui est fenue avec doigt ?

 

 

 

Entre Cadiz et Gibraltar,

un soldat rentrait au pays. Il revenait chez lui, il revenait de tout, des fêtes, des guerres et même de lui. Il s’était défait de son barda. Des comptes, des numéros, des portables, des écrans et des voix désincarnées qui flattaient ou menaçaient. Les bibliothèques lui manqueraient, les yeux d’or des dragonnes surtout. Mais la citadelle se débrouillerait sans lui. Il avait passé beaucoup du temps de sa vie dans l’honneur et le combat. Dans le désert aussi, en attente d’un ennemi qui ne venait pas. Il avait été le Pèlerin, il avait porté l’arme de lumière chez les infidèles. Il ne lui restait rien. Sauf deux chose, la liberté et marcher les pieds nus au bord de l’Océan, à la limite des vagues. En redistribuant le monde. La liberté ne lui avait pas servi à grand chose : à être indéfini ou inutile. Mais marcher dans la caresse des vagues était fondamental. Entre Cadiz et Gibralter des étendues d’indestructible beauté demeuraient, l’Océan caressait cette fin d’Andalousie, les portes de la Méditerranée et leurs légendes étaient proches.

 

Un homme rencontre une femme
le drame commence

 

Ils se communiquent leur « être au monde » un peu à la manière d’un hologramme. Par exemple elle ne dit pas sexe, elle l’arrose d’une mer de signes non verbaux. Éclat des yeux, mouvement des cuisses et du bassin (dans les limites d’un taxi…), tonalité nocturne de la voix, tout y passe, des milliards de symboles. Elle vient de lui refiler son dictionnaire. Enculade phénoménale, viol majuscule, un monde de représentations vient d’envahir un autre. C’est le déferlement des symboles, des dictionnaires et des codes qu’elle vient non point d’instiller mais d’injecter à l’autre qui en reste béant, troué, comblé, ravi. Curieusement les auteurs ne parlent presque jamais de ces monstrueuses prises de pouvoir non verbales. L’Océan, rompant la digue de Gibraltar pour envahir les terres basses et former ce qui plus tard sera ma femme, la Méditerranée, n’a pas agi plus brutalement. Les femmes ont ce pouvoir balistique de projeter leurs infinis antérieurs, elles n’en sont pas conscientes mais elles en usent. Soit dit en passant ça se nomme aussi «coup de foudre». Bref, après le déluge, si d’un petit mouvement dédaigneux de ses lèvres elle disait « sexe », elle ne ferait rien d’autre qu’un informaticien ou un espion qui transmet le code d’accès d’une gigantesque base de données. Quelques lettres, un son et la quantité phénoménale de symboles qu’elle lui a injectés s’ajustent de manière unique, il est mort ! Traduire par « il est sa chose ».